Le rôle du support dans la voyance

Le rôle du support dans la voyanceQuel est le rôle du support dans la voyance ? En voilà une bonne question ! me direz-vous, d’autant qu’il y a quelques années, elle avait valeur de norme ISO : le vrai voyant était celui qui n’utilisait aucun support ou le support le plus abstrait possible, les autres étant considérés comme des extralucides de seconde main.

Aujourd’hui, si le grand public, de mieux en mieux informé, ne rejette plus les cartomanciens et autres tripoteurs de symboles pour n’accorder le label rouge qu’aux voyants directs, hop, sans les mains, la question du rôle du support n’a rien gagné en clarté : tirer les cartes, ce n’est pas tout à fait la même chose que décrypter le marc de café, tout le monde en convient, mais personne ne peut dire précisément en quoi et il se trouve de plus en plus d’adeptes du relativisme pour escamoter le problème.

À la question « runes ou pistaches ? », les sages répondent « peu importe le support, c’est le voyant qui compte ». Pirouette qui prétend répondre à la question sans la poser, car dans ce cas, pourquoi investir 50 euros dans ce magnifique coffret de runes véritables gravées à la main dans la pure tradition des Eddas accompagnées de leur fascicule explicatif plutôt que de se lancer dans la nettement moins onéreuse voyance dans les épluchures de patates ?

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Res Ipsa loquitur ?

Grosso modo, soit on considère que le support est loquace, soit que c’est le voyant qui est loquace. Dans la première optique, on laisse parler les runes, tarots, taches d’encre. Procédé réflexe des débutants : on fait sa petite mayonnaise et on va voir à la bonne page du livre ou dans le tableau à quelle sauce le destin est censé nous manger. Qu’il s’agisse de cartes, de dés, de pistaches, de taches d’encre ou de nuages, le livre vous dit « si ça ressemble à ça, ça veut dire ça ». Ensuite on peut introduire des subtilités, mais globalement le verdict est tombé. De là vient d’ailleurs le préjugé évoqué plus haut séparant vrais voyants regardant le plafond d’un air inspiré et cartomanciens appliquant des formules. La réalité est plus subtile bien entendu.

L’autre école, celle du do it yourself, consiste à penser que le support est essentiellement un espace projectif. Dans ce cas, peu importe qu’on plonge les yeux dans les nuages, les dés, les cartes ou les topinambours, il jouera le double rôle de :

– Catalyseur, permettant l’extériorisation des ressentis.

– Soutien, indiquant des directions, structurant les intuitions, etc. C’est là que le terme support prend tout son sens.

En pratique les voyants font un peu des deux et, cahin-caha, la machine fonctionne, par contre c’est la théorie qui pêche : soit elle accorde trop de caution aux pistaches, soit à force de réfléchir au problème, elle tombe dans l’excès inverse. Or, aux éclairés qui prétendent que le voyant détient tout pouvoir sur l’acte de divination et que le support n’est qu’un objet, l’expérience répond que le support n’est pas neutre. Testez un tirage avec le jeu des sept familles de votre petite sœur, puis avec le Belline et vous verrez clairement ce que je veux dire.

Question d’affinité, répondront la plupart des gens ou de foi, de conviction, d’investissement. Oui, tout ça aussi. Mais pas seulement. Certes la subjectivité domine, certes il est capital d’utiliser des outils avec lesquels on est en symbiose, capital également de croire dans les gestes qu’on accomplit, et certes, une grande part de la ritualisation de l’acte, qu’il s’agisse d’allumer une bougie ou de prier Saint Glinglin, vise à fortifier les convictions. Là-dessus, nous sommes d’accord : La psychologie joue un rôle majeur. Cependant, une fois qu’on a vidé la baignoire, il faut toujours vérifier qu’il ne reste pas un bébé au fond. Il se trouve que si le voyant a toujours le dernier mot, les supports résistent quand même à l’idée d’être rangés dans l’armoire à côté du scrabble de papy.

En d’autres termes : le voyant est souverain, mais le support n’est pas muet. Son rôle est certes moins important que ne le pensent les adeptes des tables d’interprétation prêtes à l’emploi, mais plus important que ne le souhaiteraient les tenants du « tout dans la tête, rien dans les mains ».

À retourner le problème, on en arrive à se demander si les deux vérités n’auraient pas la mauvaise idée de cohabiter, comme si la voyance était attribuable à 100 % au voyant et, mettons, à 40 % supplémentaires au support. Pour filer la métaphore plus haut, c’est un peu comme si votre baignoire d’une capacité de 300 litres, en contenait 600, plus un bébé. La difficulté est d’ailleurs détectable dans le discours des praticiens, non qu’il soit rare qu’ils se contredisent d’une phrase à l’autre, mais, pour une fois, ils n’ont pas complètement tort de le faire. Des mêmes bouches sortent souvent les deux arguments, celui tendant à tout attribuer au voyant et celui vantant les mérites incomparables de la Roulette du Destin Aztèque ou la puissance du Monopoly Divinatoire Égyptien (non plus). Du coup, personne n’a d’idée très claire à ce sujet et si l’on cherche des explications, on réalise que la question ne suscite aucun enthousiasme. Ce que l’on rencontre dans les milieux s’autorisant à penser consiste essentiellement en monographies (comment tirer les cartes en 20 leçons) et répertoires de mancies.

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Mancies sur catalogue

Ces répertoires se présentent généralement comme des listes de noms barbares: acutomancie, encromancie, gemmomancie, phyllorhodomancie, tératomancie, suivis d’une définition concise livrant l’étymologie, parfois l’origine géographique. Les plus explicites vous disent qu’il faut faire comme ci ou comme ça si vous désirez vous essayer à la cafédomancie ou à l’aéroscopie.

Sur le moment on aurait presque l’impression d’apprendre quelque chose, mais une fois l’ouvrage refermé, tout ce qu’on peut y gagner si on l’a lu d’un trait, c’est de faire des rêves avec des rimes en mancies, le plus fort de la réflexion philosophique consistant généralement en exclamations de type « Ah ben dis donc ! » confronté à l’étonnant paragraphe sur la divination par les fromages.

On n’en sort donc guère plus savant et, en plus d’être ennuyeux à lire, ces catalogues entretiennent la confusion classique entre l’outil et l’artisan : l’emploi du terme mancie pour désigner les supports laissant penser que chacun détermine un mode de divination radicalement différent. Tu fais quoi toi ? Moi je tire les runes, et toi ? Rien à voir, je lance des noisettes… Si l’on ne juge désormais plus le voyant sur son support, on continue par contre à dissoudre le bricolage dans le marteau.

Le degré au-dessus de la poudre aux yeux, au-delà de cet amalgame métonymique entre supports et mancies, est l’accent porté sur le « comment faire », approche qui donne l’impression d’avoir répondu à la question. Quelle différence entre la cléromancie et l’aéroscopie ? Eh bien, pour tirer les petits pois, il faut une nappe rouge tandis que pour lire l’avenir dans les nuages, il faut tourner trois fois sur un pied, vous comprenez bien que ça n’a rien à voir…

Or, si l’on réfléchit un peu, ce type de réponse par les procédés ou encore par une vague allusion au substrat culturel où a poussé le support (la géomancie est arabe tandis que le Yi-king est chinois), revient à évoquer l’âge du capitaine pour justifier la hauteur de la voile. Bref, on n’est guère plus avancé. La question est toujours en suspens : pourquoi tirer les runes plutôt que de lancer des allumettes ? Ou pour le formuler plus clairement, comme ça vous comprendrez où je veux vous emmener : quelles sont les caractéristiques intrinsèques des supports qui les rendent si peu neutres ?

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Notions vagues

Classer les supports, quelle bonne idée me direz-vous ! Sauf qu’il ne s’agit pas de cela. Il nous faudrait un tableau à douze dimensions et l’intérêt de la démarche resterait discutable pour ne pas dire qu’il n’y en aurait aucun. Mon but est uniquement d’esquisser une réflexion pour aider chacun à faire sa soupe en sachant s’il y met des poireaux ou des courgettes, tout en évitant le biais du débutant, à savoir suivre scrupuleusement la notice.

Commençons donc par parler de ce qui gêne aux entournures, la notion de charge. Bien malin qui pourra définir ça. À l’entrée charge du dico, on trouve « ce qui pèse sur un objet », et en effet, c’est lourd… Dans le domaine qui nous concerne, la charge c’est cette soupe bizarre où l’on trouve imbriqués l’imprégnation du support par la personnalité du voyant, la notion fort vague de « sacralité », des références mythologiques, des idées d’ondes – bref, un fourre-tout comme on les aime, tout un wagon de notions discutables auxquelles viennent s’agglutiner le poids de l’histoire, la personnalité du créateur du support (Tarot du grand Maître Trucmuche), etc.

Pour rendre notre concept moins flou, il faudrait remplir beaucoup de pages, démêler pas mal d’écheveaux et surtout s’enfoncer dans des théories et des systèmes de croyances qui débordent largement notre propos. On pourrait postuler l’existence de formes pensées ou celles d’écritures non arbitraires, on pourrait interroger la notion de sacralité d’un point de vue magique… On pourrait faire beaucoup de choses en fait, mais il faudrait un cadre théorique et tout un wagon de présupposés. J’en trimballe assez comme ça.

Il serait également bien tentant de rejeter tout ça en bloc en rabattant dessus le drap de la psychologie, mais ce n’est pas si simple. Là aussi, l’expérience nous accule à ce constat: cette notion floue a une réalité, elle joue un rôle dans la « personnalité » et la puissance du support, même si la départager de la subjectivité du voyant est une tâche impossible, à l’heure où des chercheurs sont encore occupés à compter des occurrences pour valider ou non l’existence de notre sujet.

Débat ouvert et quelques idées lancées au vent :

puce006 La personnalité du voyant

« Faut mettre ses ondes » qu’ils disent dans les livres. Évidemment, il est impossible de départager ce qui participe de la subjectivité du praticien d’une charge effective. La question se pose d’ailleurs à l’identique pour toutes les ritualisations : Effet placebo ou ce truc cornu et gazeux est-il réellement dans la pièce ? Un casse-tête classique ; quoi qu’il en soit, il est certain qu’un support consacré, bichonné et sorti régulièrement de sa boîte est plus coopératif.

puce006 Le géniteur

On peut toujours penser qu’un « grand » voyant sera plus inspiré qu’un fleuriste pour créer un jeu divinatoire, grâce à son expérience, sa connaissance de tel support, et qu’il nous a donc transmis un outil correctement taillé. On peut également penser que son fluide est transmis par les images/cailloux/noisettes qu’il nous a concoctés ou que son inspiration vient d’ailleurs… Le pourquoi est du domaine de la conviction, mais comme plus haut, force est de constater qu’un jeu pensé par Crowley fonctionne mieux que le Tarot de la fraternité du Club de Bridge de Soizy-Les-Bigorneaux.

puce006 La patine

Les mancies rivalisent dans la course à l’ancienneté. Peu ou prou, elles remontent à Mathusalem. Elles sont toujours fondamentales, primordiales et ont poussé dans un cocon de sacré qui les gratifie d’une plus-value à coup d’Égypte ancienne, de Perse ou de Sumer. Comme toujours dans ces domaines, l’ancienneté et une origine mythique ont valeur de caution. Rarement vous lirez : super technique divinatoire élaborée la semaine dernière par ma concierge ! Ou alors c’est moi qui signe l’article.

Évidemment, c’est faire peu de cas de l’évolution historique et quand on ne l’oublie pas, on la déplore : la technique ancestrale est certainement meilleure, plus pure, plus vraie, plus près de toi mon dieu.

D’un point de vue pragmatique, l’avantage de l’ancienneté, c’est qu’avec un peu de chance, des approches multiples existent, variant selon les époques et les continents. C’est le cas par exemple de la géomancie ou des Tarots, ce qui donne un joli panel de méthodes avec possibilité de faire son marché selon ses goûts : Mancie nature, mancie à la moutarde, mancie grillée, mancie au roquefort. Mais pour cela, il faut adopter une façon de procéder placée sous le signe de la souplesse.

À l’inverse, le danger réside dans l’adhésion a priori au soi-disant savoir-faire des anciens, attitude menant à la sclérose, à la superstition (si vous oubliez de tourner trois fois sur un pied en gravant vos bâtonnets d’argile à Lascaux, ahlala, pauvre de vous !) et/ou à l’application de recettes toutes faites sous prétexte qu’on vous a dit de faire comme ça. Les mancies ne connaissant pas l’andropause, plus c’est vieux et plus c’est rigide.

Pourtant on peut encore y trouver un sens, et c’est là que les choses se compliquent. À la question « quelle valeur accorder à la couche de poussière entourant le support ? », on peut toujours répondre : une grande valeur si l’on considère que la répétition d’un procédé depuis des années ou des siècles est capable d’en augmenter l’efficacité ou que ces bons vieux trucs de mamie dont on a oublié le sens en route, n’étaient pas forcément absurdes.

puce006 La sacralité

Pour couronner le tout, se greffe là-dessus une couche de sacré a priori. Je lisais encore récemment que la géomancie nous mettait en relation avec l’esprit de Gaïa, qu’elle permettait de renouer avec les énergies telluriques profondes et de s’ancrer dans la dynamique de la Terre-Mère… Tout ça ? Vous êtes sûr ?… Et ça moud le café aussi ? Discutable d’autant que si l’on considère que dans ce bel art de géomance, les figures placées sous l’égide de l’Elément terre sont globalement catastrophiques ; Cauda draconis pourrait bien en effet vous ramener à Gaïa, mais en transitant par la racine des pissenlits. Par ailleurs, et en admettant que le support véhicule ce genre de chose, on peut se demander dans quelle mesure ce fond « sacré » d’une mancie née dans un autre continent et/ou à une autre époque nous concerne encore, voire nous est compréhensible et/ou bénéfique ? Autrement dit : avons-nous affaire en brassant les runes à l’esprit d’Odin ou faisons-nous une salade de symboles refroidis ?

Je n’ai pas les réponses à ces questions. Il est fort probable qu’un certain nombre d’affirmations sacralisant les mancies soient surtout décoratives, mais une fois qu’on a écrémé, qu’en reste-t-il ? Mystère.

Je vais à présent sortir du marécage pour revenir aux aspects techniques et mettre nos répertoires de mancies sens dessus dessous : alors, Odin mis à part, qu’est-ce qui caractérise un support ?

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Tu la pointes ou tu la tires ?

Précisons d’abord que les caractéristiques du support ne doivent pas être confondues avec les classiques « bonnes façons de procéder ». Le fait de lancer 5 noisettes, de les disposer en rond, de sauter sur un pied ou de faire trois fois le signe de croix avant et après, relève de procédures arbitraires plus ou moins traditionnelles.

Or, si on y regarde de près, un support ne se caractérise pas par la présence de noisettes plutôt que de pièces de monnaie ou de choux-fleurs, ni par le fait que le tapis de lancer doive être impérativement rouge à pois verts ou en forme de poire, mais bien par le mode d’obtention de l’oracle (lancer, calcul, tirage), la nature des résultats obtenus (chiffres, images, formes, disposition spatiale, etc.) et les modalités d’interprétation. Ce sont ces trois niveaux que nous allons considérer en les éclairant d’une lapaliçade: moins le support est codifié et plus c’est le voyant qui fait le boulot, autrement dit : ce qu’on gagne en liberté, on le perd en soutien et réciproquement.

Une fois qu’on a mis de côté les plus directifs (comme l’astrologie ou la numérologie qui sont fondées sur des calculs) et ceux qui participent de la voyance directe (voyance sur photo, dans un verre d’eau, en regardant le plafond, etc.), il nous reste tout un lot de supports écartelés entre ces deux tendances, suivant une dynamique consistant à solliciter l’élastique alternativement dans les deux sens : vers la codification (donner plus de repères) et vers l’assouplissement du sens (ouvrir au possible des interprétations). Ces tendances peuvent être comprises comme deux façons opposées de procéder à un enrichissement du sens :

– Par addition : tableaux de correspondances, combinatoires de figures, codifications, etc.

– Par soustraction : l’abstraction et le vague du sens ouvrent paradoxalement à des interprétations plus fines et plus proches de la voyance pure.

On pourrait comparer ce mécanisme à ce que Ouaknin dit de l’écriture, à savoir que la réduction de l’image, la simplification du pictogramme vers la lettre entraîne un élargissement du sens.

De là, la multiplication des procédés de tirage, des calculs, des directives allant de pair avec l’abstraction des figures, la part laissée au hasard et à l’interprétation. Les deux tensions sont repérables à tous les niveaux de la pratique divinatoire. Évidemment dans l’absolu, tout est négociable. À savoir qu’on peut très bien tirer les runes et décider que le livre ira se faire voir ailleurs pour se pencher sur la figure nue, ou faire de la voyance sur un thème astrologique. Il faut ajouter à ça que chaque voyant s’approprie et détourne correctement son support. Le décryptage à la va comme j’te pousse où l’intuition du voyant s’appuie sur un vague schéma évocateur obtenu en lançant des aubergines, en tirant des carottes ou en épluchant des tarots est applicable à n’importe quel support. L’approche hop, sans les mains ou par tables interprétatives est toujours possible, mais convenons qu’il est plus courant de plier aux possibles du support que de les détourner.

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Système clos et systèmes ouverts :

On peut opposer les supports offrant un nombre limité d’alternatives à ceux dont les déclinaisons sont infinies, ce qui revient à mettre d’un côté les cartes, runes, dés, géomancie, etc., et d’un autre : la boule de cristal, l’interprétation des nuages, le marc de café, etc. Cette deuxième catégorie, se rapprochant de la voyance directe, se prête mal à la codification, même si des traités existent, ils peuvent difficilement fournir de réponse automatique, on peut toujours avancer « une forme de chien au fond de la tasse veut dire que vous allez avoir mal aux dents », mais le résultat d’un tirage dans ces systèmes ne sera jamais complètement identique à un autre.

Il n’en est pas de même pour les systèmes clos qui proposent de décrire l’univers à partir de x éléments et de tant de combinatoires. Ces supports présentant un nombre limité de figures auront tendance à donner naissance à des grilles d’interprétations, car il peut sembler pratique de recenser les possibles et de leur coller un sens, une figure après l’autre, ou selon des combinaisons.

Pourquoi cet acharnement ? Il ne faut pas perdre de vue la prétention des supports à être totalisants avec un nombre limité de réponses. Posez-vous la question : si j’étais un sac de runes, comment pourrais-je faire comprendre à mon papa qu’il ne doit pas prendre sa voiture ce soir sans quoi il sera contrôlé par les flics avec 3g d’alcool dans le sang ?

Il s’agit de dire l’infini des possibles avec une poignée de figures, un véritable casse-tête interprétatif en vue duquel plusieurs stratégies vont être adoptées :

– Cultiver le flou symbolique : « tel l’alouette sur sa branche, le soleil tu attendras ». Effet Barnum garanti. À part le fou rire, cette stratégie n’a aucun intérêt.

– La multiplication des combinatoires : elle transforme un gentil manuel divinatoire qui n’avait rien demandé en traité de physique quantique. Mais on peut multiplier tant qu’on veut, l’infini reste l’infini, et c’est précisément le nombre d’alternatives possiblement rencontrées par le voyant. Cette stratégie a tendance à se mélanger les pinceaux entre qualité et quantité. Pourtant, tous les arts divinatoires ont leurs théoriciens prêts à rendre service. Ainsi il se trouvera toujours quelqu’un pour vous dire que si vous discernez dans la fumée de votre cheminée un chat botté jonglant avec des côtelettes, ça veut dire que vous êtes cocu. Voilà pour l’approche façon distributeur automatique.

– L’extension inhérente au symbole : Chaque figure, nombre, image est un vivier de significations qui ne doivent rien au hasard, mais suivent la logique de l’image. Le plus intéressant selon moi.

– La folie des correspondances. J’ai mis longtemps à comprendre que ces tableaux avaient pour vocation l’extension du sens. Ils fonctionnent comme des symboles givrés et placés en compartiments, ce qui ne signifie pas qu’ils soient dénués d’intérêt, mais on retombe facilement dans le travers des combinatoires.

Chaque phase de la divination subit cette dynamique contradictoire abstraction/codification, qu’il s’agisse du mode d’obtention de l’oracle (par calcul ou par tirage laissant la part belle au hasard), de la nature des réponses (signes porteurs d’un sens précis versus vague disposition des noisettes dans l’espace) ou de l’interprétation (tables versus débrouillez-vous) avec des degrés, des jeux d’équilibre, des variantes.

Davantage que le « sacré » ou la tradition, il se pourrait bien que ce soit cette dynamique de vases communiquant qui préside au choix des procédés avec comme perspective un équilibre permettant au voyant d’avancer sans être gêné dans ses mouvements, car évidemment le déambulateur peut se révéler trop encombrant ou, au contraire, céder sous vos pas. Alors plutôt que de « faire comme ça » parce qu’on vous a dit de « faire comme ça », jetez-moi ces bouquins d’interprétation et demandez-vous : « Ah ! Si j’étais un sac de runes… ».

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Melmothia, 2007.

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