Une technique de Divination Yoruba

La divination Yoruba, et plus généralement la divination en Afrique de l’Ouest, dérive directement de la géomancie. Apparue aux alentours du VIIIe siècle de notre ère, la géomancie a connu une formidable expansion, notamment due aux conquêtes de l’Islam, au point qu’elle constitue actuellement l’art divinatoire le plus répandu dans le monde. Il existe donc une grande variété de pratiques, chaque culture ayant accommodé la méthode originelle à sa propre sensibilité, avec une constante cependant : la présence des 16 figures dites géomantiques, dont la particularité est de se présenter, à l’instar de celles du Yi-King, comme un empilement de quatre lignes composées chacune d’un ou deux points (Voir l’article Géomancie – Mise aux points sur ce site).

La plupart des procédés consisteront donc, par tirage au sort, lancer de dés ou compte de graines, à déterminer une ou plusieurs figures étage par étage. Pour cela, tous les procédés offrant un choix binaire peuvent convenir. Par exemple, je peux tirer ma figure à pile ou face, en décidant que pile donnera un point et face, deux points. Si mes quatre lancers donnent « pile-face-face-face», soit un point – deux points – deux points – deux points, ma figure ressemblera à ça :

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En l’occurrence, j’ai tiré Laetitia, la joie, figure de très bon augure.

Dans la même finalité, les Yoruba utilisent deux types de procédés : le premier consiste à saisir rapidement dans un plateau une poignée de noix de palme de la main droite ; comme celles-ci sont volumineuses, un certain nombre va tomber dans l’autre main ou sur le plateau. Ce sont ces noix échappées qui seront prises en compte pour la composition des figures divinatoires.

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Plateau de divination Yoruba, Image extraite du site Ilé Abomalé.

S’il en est tombé un nombre impair dans le plateau, le devin marque un point qui constituera la tête de la figure. S’il en est tombé un nombre pair, la tête de la première figure comportera deux points. L’opération est répétée quatre fois de façon à déterminer une figure entière.

Une deuxième technique consiste à utiliser un chapelet divinatoire ou Opélé – suivant le nom de l’arbre dont sont tirées les graines qui le composent généralement.

Ce chapelet est constitué d’une chaîne ou cordelette d’environ un mètre de long sur laquelle sont enfilés huit coquillages ou demi-graines. Le milieu du chapelet peut comporter un nœud ou tout autre repère, et chaque extrémité de la cordelette est marquée d’un signe distinctif de façon à les différencier – par exemple des perles de couleur différente.

Pour obtenir une figure, le devin saisit le chapelet par le milieu et le jette devant lui, le plus droit possible de façon à éviter que les deux pans de la cordelette ne s’emmêlent. Il obtiendra donc quelque chose dans ce goût :

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Image extraite du site Spiritual Tools

Comme on peut le voir, certaines coques (en l’occurrence des morceaux de noix de coco) présentent leur face concave, l’autre leur face convexe. C’est à partir de ces distinctions que le devin va calculer les figures : une face concave correspondra à un point, une face convexe à deux points.

Généralement des marques distinctives permettent de différencier les deux brins du chapelet pour savoir lequel devra être lu en premier. Ce n’est pas le cas ici, alors décidons de commencer par le brin sur la droite de l’image. La lecture se fait généralement du milieu de la chaîne vers les extrémités (1).

La première coque présente sa face concave, la tête de la première figure comportera donc un point. La deuxième coque présente sa face convexe, le deuxième étage de la figure comportera donc deux points, etc.

Pour ce chapelet, on obtiendra donc ces deux figures :

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Mais pourquoi deux figures plutôt qu’une seule ? Eh bien, sans doute que les Yoruba aiment se compliquer la vie ou que 16 figures divinatoires, ça leur semblait décidément trop peu. Ils ont donc choisi de les associer de façon à obtenir 256 combinatoires, qu’on appelle les Odus.

Chacun des 16 principes de base acceptera donc 16 déclinaisons :

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Et comme ça ne devait pas leur paraître encore suffisant, ils y ont ajouté un plateau comportant 16 cases (l’équivalent de nos 16 maisons géomantiques) dans lequel les figures vont venir se placer selon leur humeur, faisant monter le compte à 4096 alternatives ; celles-ci sont exprimées dans le corpus divinatoire yoruba sous la forme de 4096 poèmes (ese) que le devin devra connaître et interprêter suivant la requête du consultant.

Oui, 4096 ça fait beaucoup. D’autant qu’à partir de là, on arrive à pieds joints dans l’animisme, un monde où les sentences divinatoires sont également des dieux, des êtres vivants, des histoires éducatives, des prières et des actes magiques. Or l’animisme, c’est très loin de nous, au point que même l’anthropologie s’y casse les dents. Depuis qu’on s’est débarrassé des théories d’Edward B. Tylor qui le réduisaient à une ébauche de religion pour gentils sauvages pas très évolués, on ne sait plus trop comment l’aborder.

Un dictionnaire vous dira que l’animisme est cette croyance qui considère que chaque objet du monde est gouverné par une entité spirituelle ; sauf que, dans les faits, c’est bien plus compliqué. Les érudits ont fini par s’en apercevoir, au point qu’ils ont convenu d’appeler « animisme » ce qui restait quand on avait expliqué tout le reste.

Plutôt que d’égorger des poulets ou d’aller chercher le babalawo de service ce week-end, je vous propose donc d’occidentaliser ces techniques de divination, particulièrement celle du chapelet qui me semble originale et ludique.

Pour commencer, elle peut remplacer le stylo et le papier chez les adeptes de la géomancie ou les brins d’achillée chez ceux du Yi-King. Pour obtenir une figure géomantique unique, il suffira de confectionner un opélé à quatre coques au lieu de huit. Pour les fans du yin-yang, un opélé à 5 coques.

Mais on peut choisir de se montrer plus audacieux et adopter l’idée yoruba de combiner les figures deux par deux, en considérant une figure « mère » et ses 16 déclinaisons.

On aura par exemple Via de Amissio (autrement dit l’énergie d’Amissio déclinée en sa modalité Via), Populus de Amissio, Amissio de Amissio, Acquisitio de Amissio, etc. Avec un peu d’expérience et d’intuition, un géomancien pourra faire de ces 256 alternatives un outil de divination efficace.

Enfin, et c’est l’idée qui me plaît le plus, on peut très bien imaginer élaborer un support divinatoire original à partir de l’Opélé, en colorant par exemple différemment l’intérieur et l’extérieur des coques, en y gravant des lettres, des chiffres ou n’importe quel type de symboles. Chaque voyant pourra y injecter son propre code ou l’utiliser comme un support projectif. La forme dessinée par l’Opélé en tombant sur le sol peut également être interprétée. Les déclinaisons sont infinies.

Melmothia, 2008.

Commentaires 1

  • Je ne connaissais pas du tout cette forme de divination, elle semble intéressante, reste a savoir si les interprétations sont détaillées et permettent de répondre de manière claires aux questions que l’on se pose.

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