Idées Reçues sur la Voyance

Melmo059Malgré l’abondance d’informations sur le sujet, force est de constater que ce sont les idées reçues et les malentendus qui continuent de dominer la façon dont le grand public perçoit la divination. Pour commencer, du côté des médias, on ne connaît que deux modalités d’approche : l’angle sociologique et l’éternelle querelle entre croyants et sceptiques.

Dans le premier cas, c’est toujours la même question sous les plumes des analystes « pourquoi va-t-on consulter des voyants ? », interrogation à laquelle les auteurs répondent par des considérations sur la détresse humaine, notre époque matérialiste ou la démission des instances religieuses. Le diagnostic posé, on pardonne au bon peuple par un tour de manche faisant du voyant un sous-prêtre ou un psychologue au rabais.

Et lorsqu’ils ne jaugent pas la santé mentale des consultants, les journalistes interrogent la véracité des faits : la voyance réalité ou arnaque. Cette fois, il s’agit surtout de confronter les témoignages et, parce qu’il faut protéger le public contre lui-même, cumuler les mises en garde. Mais une fois dépassés les conseils de prudence de rigueur, on est bien obligé d’admettre que le débat est retombé à plat et qu’on n’en est pas sorti plus savant. Bref, dans les deux cas, on brasse beaucoup d’idées, mais de la divination elle-même, on ne dit rien.

Pour justifier l’évitement, lorsqu’on se donne la peine de le faire, l’argument est tout trouvé : c’est qu’il faut prouver la réalité des faits avant de plonger plus avant dans leur étude. Raisonnement en apparence légitime, mais en apparence seulement, car c’est oublier que refuser d’interroger un phénomène revient à le rendre insaisissable. Comment en effet mettre en évidence l’existence de quelque chose dont on ignore tout, notamment les conditions d’apparition ?

C’est d’ailleurs l’un des tours de passe-passe habituels des détracteurs que d’escamoter ainsi la question. Si la science ne peut prouver la réalité de la voyance, c’est donc une escroquerie, nous dit-on, et comme c’est une escroquerie, il n’est pas nécessaire que la science s’y intéresse.

Mais les idées reçues et la mauvaise foi ne se rencontrent pas uniquement dans le camp des sceptiques ; face au déni, les partisans et les praticiens se réfugient, quant à eux, dans un enthousiasme sans borne. Boudés par la « raison », c’est du côté des cieux que ceux-là vont chercher caution en s’accrochant une auréole : Anecdotes édifiantes, « sacré » à la louche et à tous les repas, sans oublier les considérations d’hygiène métaphysique, il faut être pur, bienveillant, désintéressé, à la hauteur de ce cadeau divin… Et tandis que les détracteurs ne se lassent pas de dénigrer, de ce côté-là, tout est rose et pailleté. Les voyants sont entièrement dévoués au bien public grâce à leur super pouvoir envoyé par Dieu en colissimo.

On apprendra par exemple que :

– La voyance est un « don » qu’on reçoit en naissant comme un parpaing sur la tête.

– Éventuellement, cela peut s’apprendre, mais il faut être « initié », ou alors il va vous falloir apprendre dix encyclopédies par cœur.

– Si vous oubliez de sauter sur un pied en chantant avant de tirer les cartes, la foudre va s’abattre sur vous.

– Un cartomancien n’est pas non plus un vrai voyant – il n’a pas reçu le parpaing.

– Un voyant qui se fait rémunérer n’est pas un vrai voyant.

– C’est Dieu (ou les anges ou autre) qui parle par la bouche des voyants. De là, il est hors de question de remettre en cause ses assertions, encore moins ce destin qu’on vous a livré clef en main, etc.

Quiconque s’essaie à démonter ces idées erronées, les verra se réinstaller illico avec l’efficacité d’un élastique. C’est que les deux camps y tiennent ! Du côté des détracteurs, c’est presque compréhensible, les voyants sont des charlatans ou des dingues (à choisir, on préférerait quand même la première option). Si on tient le pauvre mouton prêt à se faire tondre à l’écart, c’est pour le préserver. Personnellement, je n’ai jamais cru que la désinformation puisse protéger qui que ce soit, mais admettons.

De l’autre, il s’agit a priori de se défendre de toutes les accusations ordinaires en ajoutant un peu de doré par-ci par-là. On croit ainsi offrir une plus-value à son domaine de prédilection.

Et comme tout un chacun veut avoir son messie, ou à l’inverse être désillusionné tout en bloc, le grand public continue, ainsi qu’on lui demande de le faire, à se remettre absolument entre les mains de Madame Irma ou à lui jeter des pierres. D’autant que cette dynamique s’alimente d’elle-même : moins on comprend, plus on sanctifie ou l’on maudit et moins on risque de comprendre. Le corollaire de l’évitement est naturellement la fascination, attractive ou répulsive, dont on sait qu’elle favorise encore l’ignorance puisqu’elle consiste tout autant à tenir l’objet à distance.

Or, je peine à croire que cette propension à sanctifier le domaine tout comme celle consistant à loucher sur l’arbre qui cache la forêt, soit parfaitement innocente, d’autant que le résultat de cette double dynamique moins antinomique qu’elle n’en a l’air, est de dresser un rempart entre la divination et le public. Car il faut bien admettre que les idées reçues arrangent tout le monde, les détracteurs comme les adeptes, pour des motivations différentes bien sûr, mais qui se rejoignent dans une volonté d’occulter les vraies questions au profit des images d’Épinal. À croire que ces gens que l’on croyait ennemis se sont finalement trouvé une motivation commune, celle de penser à votre place.

I. Le « don »

La majorité de gens pense que la voyance est un don, une faculté innée réservée à une minorité, autrement dit qu’une partie de la population verrait le jour avec l’étiquette « voyant » agrafée au dos de la grenouillère. Et tant pis pour les autres. Chez les praticiens, c’est même un argument de vente : voyant sur douze générations… a prédit le point de chute de la station Mir à l’âge de trois ans… Selon une partie des praticiens, ce don est une grâce, eux-mêmes ont été appelés par des forces supérieures qui les ont dotés de pouvoirs surhumains et généralement flanqués d’un guide, un ange à usage personnel ; ils accompliraient une sorte de sacerdoce consistant à apporter aide, lumière et vérité aux pauvres humains perdus dans la matérialité.

Autant dire que tout ceci ferait rire doucement, si ce n’était pas aussi dangereux que faux. Car, s’il existe bien des Mozart de la voyance, des surdoués dont les talents s’expriment plus haut et plus fort que chez les autres, la voyance n’est pas un don du ciel, mais une capacité latente présente chez tout être humain. Ceux qui ont eu l’audace de s’y essayer bien que non labellisés par les anges peuvent en témoigner et les quelques chercheurs s’étant penchés sur la question sont unanimes : si certains facteurs facilitent l’émergence des capacités, celles-ci peuvent se manifester chez tout un chacun.

Par ailleurs, la parole du voyant n’est pas « sacrée ». Penser le contraire peut vous transformer en victime des charlatans, en disciple convaincu d’un gourou ou, au mieux, en démissionnaire de votre existence. Ainsi que le dit Élisabeth Laborde-Nottale « Lorsque le voyant pense qu’il n’est pas responsable de l’énoncé de voyance, il favorise à son insu l’investissement de ses propos comme s’ils étaient, à la limite, parole divine » [1].

Une erreur de diagnostic pourra être pardonnée à un médecin, plus difficilement à un voyant. On attend de lui qu’il sache tout, de votre petite enfance au prénom de votre grand-mère, mais également qu’il soit capable de parler aux morts, désenvoûter, faire revenir l’être aimé… Et quoi encore…? Même s’ils s’en défendent, beaucoup de gens pensent que les voyants sont dotés d’une forme d’omniscience ou de toute puissance. Or, voyant ne veut pas dire sorcier, ni surhomme. La divination est soumise à des hésitations, des flous, des revirements. Ce n’est pas une science exacte. Cependant si le quotidien de la voyance est rarement spectaculaire, il n’en est pas pour autant mensonger ou négligeable.

Hormis celle d’éloigner le public d’un domaine que se réservent quelques élus, cette idée reçue a donc un joli panel de conséquences fâcheuses. C’est à elle que l’on doit la soumission de certains consultants à un supposé « destin », le principe voulant qu’un voyant ne doit pas recevoir d’argent (puisque lui-même a reçu un « don »), des attentes déraisonnables que les praticiens ne sauront jamais satisfaire, les arnaques et gouroutisations ordinaires, etc.

II. L’expertise

En général, après vous avoir asséné le sermon sur le don divin, les ouvrages ajoutent qu’il est possible de pratiquer sans grâce divine prérequise, certes moins brillamment que les élus des cieux – dont l’auteur est généralement, mais tout de même un peu à condition d’y consacrer de longues et pénibles années. Imaginer que ces pratiques puissent être aisément accessibles risquerait en effet de dévaloriser ce beau domaine qu’on n’a de cesse au contraire de sacraliser et d’encenser – pour ne pas dire enfumer de façon à le tenir hors de portée à la fois des détracteurs et du public. Puisque la grâce divine n’a pas eu le bon goût de vous dégringoler sur la tête, il va donc vous falloir monter l’échelle de Jacob à mains nues.

On peut ainsi lire ce genre de choses :

« Un individu distrait, ou n’ayant aucune mémoire, ou au tempérament lymphatique, ne fera jamais un bon cartomancien. En effet, tirer les cartes nécessite une attention et une concentration continuelles : chaque carte du jeu a son importance en fonction même de la carte que l’on se propose d’interpréter (et dont le sens peut être modifié ou éclairci par une carte voisine) ; c’est pourquoi une interprétation qui ne tiendrait pas compte de toutes les cartes en présence risquerait de fausser la prédiction. De même, la mémoire est une autre qualité indispensable au cartomancien, qui doit connaître non seulement les multiples significations des cartes françaises, espagnoles et italiennes, mais aussi celles des Tarots, et doit posséder de surcroît toutes les séries de combinaisons possibles à l’intérieur d’un même jeu.

Enfin, outre ces qualités, la cartomancie requiert de la part de celui qui la pratique, une tension d’esprit qui le rend apte à capter cet influx nerveux dont nous avons parlé plus haut ; l’individu qui ne serait pas doué de ces capacités d’observation et d’intuition ne pourrait recevoir le courant magnétique qui passe à travers les cartes et du même coup ne pourrait accéder à ce don de prescience qui permet de déchiffrer le futur. La cartomancie est une science et comme telle, elle impose à celui qui entend s’y consacrer, d’une part une étude approfondie du matériel dont il dispose, à savoir la signification des cartes et leur correspondance entre elles et, d’autre part, une mise à jour continuelle de ses connaissances afin d’enrichir sa pratique de toutes les précisions et innovations qui interviennent sans arrêt dans le domaine des sciences divinatoires » [2].

Ensuite vous pouvez toujours tuer un tigre avec les dents et repartir pour sauver le monde accroché au filin de l’hélicoptère… Et si vous n’êtes pas suffisamment héroïque pour apprendre douze langues ou méditer sous une cascade, le support peut éventuellement prendre le relais de la transcendance. Toujours suivant cette même dynamique consistant à ne pas lâcher un centimètre d’altitude, on constate un phénomène de vase communicant : les paillettes divines douloureusement arrachées au voyant auront tendance à se coller sur le support. Tel jeu de cartes nous vient des Atlantes, de l’Ange Gabriel, il brille dans le noir, lévite dans sa boîte ou guérit les écrouelles… Autrement dit, le « divin » ne se décroche des mains que pour s’accrocher ailleurs avec les orteils.

Moins nocif que le précédent ce préjugé de l’expertise a cependant des effets néfastes. Hormis qu’il parvient à décourager son monde, il incite également les débutants à caresser leurs capacités à rebrousse-poil, ce qui a pour conséquence de rendre les choses effectivement difficiles.

Car s’il est possible d’apprendre la voyance à force d’assiduité, aucun travail n’étant vain, c’est pourtant le moins aisé que de choisir cette voie laborieuse. Alors que le débutant aura tendance à acheter un ouvrage détaillant le sens des cartes ou des runes et à s’y essayer en s’excusant devant ses amis à renfort de « j’le connais pas encore par cœur », quiconque d’un peu exercé à la divination sait qu’elle nécessite d’être sûr de soi et un certain « lâcher-prise » qui s’accommodent mal des dix ans d’études laborieuses requis.

Avoir confiance dans ses capacités est évidemment paradoxal lorsqu’on débute, mais comprendre comment fonctionnent les choses permet d’adoucir cet écueil, surtout lorsqu’on réalise qu’en fin de compte, ce qui finit par par rendre effectifs les années de souffrance qu’on vous a promises, est moins la supposée complexité inhérente au domaine, que les bâtons qu’on vous met dans les roues par l’inadéquation des méthodes.

Enfin, outre la glorification des très saints et très érudits tenants du savoir, le mythe de l’expertise sert un miroir aux alouettes classique de la divination, celui de la « rigueur ». Lorsqu’elles ne se réclament pas de Dieu, des anges ou d’une tradition pluriséculaire, les mancies se veulent à l’imitation de la science ; pour « faire sérieux », on multiplie les précautions d’emploi, les sophistications, les calculs. Peu importe que les tirages soient le fruit du hasard, une fois que l’on a des noisettes, des dés ou des cartes en main, on va les multiplier, extraire des racines carrées, les disposer selon un ordre savamment géométrique, les mesurer, les peser pour pouvoir s’écrier enfin que tout cela est une science ! La preuve, on fait des mathématiques & si le pauvre lecteur s’est perdu à la troisième extraction de racines carrées, c’est qu’il faut être fort savant pour suivre.

III. Science et conscience

Un argument courant chez les détracteurs consiste à dire ‘la voyance, c’est pas scientifique’… Ce qui est tout à fait vrai. Mais évidemment, pour ceux qui soulignent ce fait, comme pour une partie du grand public, le critère est décisif, car même s’ils s’en défendent, pour eux « science = vérité ».

Tout chercheur sérieux vous dira que c’est le contraire. La science n’est pas un corpus de révélations à la façon d’un livre saint, mais une méthodologie et une démarche. Ceux qui pensent réfuter la voyance en rappelant qu’elle n’est pas « démontrable scientifiquement » devraient d’ailleurs plutôt dire qu’elle n’entre pas dans le cadre théorique qu’ils se sont fixé pour penser le réel — cadre devenu de plus en plus envahissant au fur et à mesure que la religion reculait.

En écho à ces détracteurs, certains partisans de la voyance vont donc attendre la preuve scientifique comme on attendrait le Messie. Ce rêve de caution scientifique, qui a présidé à la naissance de la parapsychologie au siècle dernier, se décline sur plusieurs modes :

– Le moins sympathique, évoqué plus haut, est celui qui consiste à prétendre qu’une technique jonglant avec des chiffres ou des tableaux est « scientifique ». C’est évidemment faux, mais très décoratif.

– Le deuxième nettement plus sain, mais qui a le désavantage de faire le jeu du « science = vérité » consiste à essayer de faire entrer les cubes dans les ronds. Car on peut légitimement se demander si le laboratoire est le lieu adapté pour attraper un phénomène glissant et non quantifiable tel que la voyance, la science ne pouvant aborder qu’une partie du réel, celle qui entre dans les limites fixées par ses méthodes. J’aurais personnellement tendance à répondre par la négative.

Bien que méritoire, et ayant mis à jour certains mécanismes importants tels que les psi-missings ou l’effet mouton-chèvre, la parapsychologie s’est elle-même enfermée dans un lit de Procuste. Pour commencer, elle a vidé les cieux. La science s’étant constituée en rejetant la métaphysique du côté de l’inconnaissable, en bons élèves, nos candidats à la reconnaissance scientifique ont décrété que les phénomènes étaient uniquement imputables à l’humain. Plus de démons, d’esprits ni de fantômes donc, uniquement des « pouvoirs psychiques ». Ce présupposé est la première limite que la parapsychologie s’est imposée pour briguer le statut de « science ». Qu’elle ait eu tort ou raison est une autre question [3]. Restait ensuite à courir après la « preuve », ce qu’elle fait depuis plusieurs décennies.

IV. Désillusion & désinformation

De ce qui a lieu dans le laboratoire, le grand public se fait une idée souvent manichéenne. Un phénomène existe ou pas, on l’a prouvé ou on ne l’a pas prouvé. Sur le terrain, les choses sont très différentes. C’est à coup de statistiques, et surtout de modèles mathématiques validant ou non ces statistiques, que le combat se joue. Ce score supérieur à la moyenne, est-il dû au hasard ? Est-il représentatif ? Que peut-on en conclure ? Sur qui a été effectuée l’expérience ? Des biais n’auraient-ils pas pu fausser les résultats ? etc. Et comme on n’est jamais vraiment certain d’être sûr, il suffit qu’un quidam toussote pour que tout soit à recommencer. Le moindre résultat ‘positif’ dans un laboratoire de parapsychologie donnera lieu à des questions et des suspicions qui confinent à la levée de boucliers. Telle expérience tend à montrer un phénomène télépathique ? C’est sans doute qu’une erreur a été commise. La couleur de la blouse de l’expérimentateur a très bien pu influencer le candidat, recommençons donc l’expérience… Combien de fois ? Eh bien jusqu’à avoir réduit suffisamment les paramètres pour que le phénomène disparaisse. On peut alors se recoucher sur ses deux oreilles, le paranormal n’existe pas.

Vous pensez que j’exagère ? À propos de la façon dont la parapsychologie est accueillie dans la science, Bruno Lussato, dans un article magistral intitulé « Parapsychologie et désinformation » relève huit indicateurs tous « au rouge » :

« 1. La diabolisation. Son équivalent dans le milieuscientifique est la condescendance, la raillerie, le soupçon de fraude, et l’argument définitif bien qu’infondé : « ce n’est pas sérieux ! », passez, il n’y a rien à voir. Les chercheurs qui a priori partent du postulat de la non-existence des phénomènes psi, se sont attribués un nom qui ressemble fort à celui d’une secte : les zététiques.

2. La dissymétrie. On réclame des chercheurs des protocoles beaucoup plus précis que ceux en vigueur dans les sciences humaines, et des coefficients de prédictibilité bien supérieurs que ceux constatés dans la pharmacologie et la médecine. Lorsque les exigences sont atteintes, on repousse artificiellement les critères d’admissibilité.

3. Les fausses symétries. On applique aux phénomènes parapsychologiques les conditions qui ne valent qu’en laboratoire pour des microphénomènes très localisés. Par exemple la reproductibilité absolue. Dans le passé, l’Académie des Sciences présidée par Fontenelle nia solennellement l’existence des météorites pour des raisons identiques.

4. L’infraction épistémologique. Les arguments des “zététiques” sont infalsifiables, ressortissants à la rhétorique du cercle vicieux. En voici un exemple : les parapsychologues ne sont pas sérieux, car leurs protocoles ne sont pas contrôlés dans des universités sérieuses. Le résultat de leurs expériences n’est pas édité dans des revues sérieuses, qui ne tiennent compte que des expériences effectuées dans des universités sérieuses. Les universités sérieuses ne gaspillent pas leurs budgets pour vérifier les protocoles des chercheurs non sérieux.

5. Le refus de considérer les enjeux. Il est évident que si qu’un seul des phénomènes parapsychologiques était admis officiellement par la communauté scientifique, celle-ci serait ébranlée dans ses fondements, car aucune explication n’est intégrable à la vision scientifiquement correcte de l’univers.

6. Le reproche maintes fois réitéré, que même si les faits sont probants, on ne propose aucune théorie explicative pour les intégrer dans un système cohérent de connaissances. Ils sont donc irrecevables.

Cet argument est tout à fait exact dans ses prémisses. Les parapsychologues, diabolisés et acculés dans le cercle infernal d’une preuve dont les critères de validité sont sans cesse modifiés par les zététiques, ne songent plus qu’à satisfaire leurs adversaires, dont ils savent pertinemment qu’ils sont de mauvaise foi. Ce qui est en jeu pour eux, n’est pas la recherche de la vérité, mais leur reconnaissance académique, qui seule peut débloquer des budgets. Ce complexe d’infériorité obsessionnelle les rend incapables de faire le moindre travail d’imagination et de conceptualisation.

Mais l’argument zététique est anti-scientifique dans ses conclusions. Les faits sont premiers, qu’ils cadrent ou ne cadrent pas avec notre conception du monde. Il appartient aux adversaires de la parapsychologie de refaire les expériences et de se charger d’émettre des hypothèses, puisque les parapsychologues en sont incapables. » [4]

En somme, la parapsychologie pourrait bien avoir mis d’elle-même son bras dans le piège à loups pour satisfaire ce que Bruno Lussato appelle son « syndrome de Lady Macbeth », autrement dit « la recherche frénétique de preuves de l’existence des phénomènes psi. À l’intention de gens qui de toute évidence ne s’en satisferont jamais. Pendant qu’ils courent comme des écureuils dans une cage circulaire, ils négligent la recherche fondamentale, c’est-à-dire la production d’hypothèses de travail, rassemblées dans une synthèse qui fournisse un semblant d’explication. » [5].

Nous voilà donc revenus à notre point de départ.

Idées Reçues sur la Voyance, Melmothia, 2008. eso_ideesrecues

*

[1] Elisabeth Laborde-Nottale, La voyance et l’inconscient, Editions du Seuil, 1990, p. 112.

[2] Laila Shemesh, Comment prédire l’avenir avec les cartes, De Vecchi 1975, p. 10.

[3] Voir l’article « Ballade Endo majeur » sur ce site.

[4] « Parapsychologie et désinformation, La plus vaste désinformation de l’histoire des sciences : la mise au ban de la parapsychologie », Bruno Lussato, extrait de son blog Décodages.

[5] « La parapsychologie est chose trop sérieuse pour être laissée aux parapsychologues », journal du 24 juin 2007, Bruno Lussato, extrait de son blog Décodages.

Commentaires 10

  • Il n’y a pas que des idées reçues sur la voyance. Il y a aussi de bonnes idées : la voyance n’existe pas et n’a jamais existé.
    Quiconque prétend le contraire est un escroc ou un naïf.

    Depuis des décennies, il est possible de gagner un million de dollars aux US, 100 000 euros en France en prouvant un phénomène paranormal. Tous les prétendus voyants se plantent et ne dépassent pas la performance du hasard.

    Moi, ça me suffit. Et cela devrait suffire à n’importe quel esprit un tant soit peu critique.

    Pourquoi diable aller chercher plus loin ?
    La preuve de la voyance est simple à produire, les protocoles existent. Il suffit de comparer la performance d’un ‘voyant’ avec celle du hasard ou celle d’une population témoin.

    La zététique ne varie pas là dessus. Lorsque le protocole est accepté par les deux parties, il faut en accepter les résultats
    Ce qui vous dérange, c’est que les « faits » et bien, personne ne les a encore rencontré.

    Si Dieu existait, il n’y aurait pas besoin de cathédrales et de rites pour faire avaler ça aux masses… si la voyance existait, elle ne s’encombrerait pas de mystères et de pseudonymes baroques.

  • Bonjour,

    Comment répondre à des certitudes ? Le vieil argument « si la voyance existait, ça se saurait » est très convaincant pour les convaincus, comme la Bible l’est pour les croyants. Alors que veux-tu que j’oppose à ta foi scientiste bien plus assurée et rageusement prosélyte que celle des « convaincus » dont la plupart se permettent encore le luxe du doute ? Cela dit, en ce qui me concerne, je n’ai aucun doute. Tu es certain que la voyance n’existe pas, je sais qu’elle existe. Elle n’est pas quantifiable, quel dommage pour vous… Désolée de te l’apprendre, mais nous existons sans ton approbation.

  • Bonjour Melmothia,

    Oui, elle existe. Je puis en témoigner pour avoir rencontré une voyante il y a 28 ans, sur les conseils de ma fille, alors que mon aîné venait de disparaître en mer.
    Je ne croyais pas à la voyance, ayant une formation cartésienne
    Je n’entrerai pas dans les détails mais je puis affirmer, pour avoir travaillé avec elle pendant plus de quinze ans, que ses prédictions (dont elle avouait ne pas assurer qu’elles se réaliseraient car elle n’avait que des flashes plus ou moins nets selon le temps qui devait nous en séparer)se sont avérées exactes, aux détails près, dans plus de 95% des cas. On ne peut affirmer que les quelques cas litigieux étaient erronés, ils ne se sont peut-être pas réalisés à ce jour.
    Elle m’a appris que chacun d’entre nous possédait ce don, mais que nous l’avions perdu faute d’en avoir fait l’apprentissage. Elle m’a fait découvrir ce qu’il en restait en moi (si peu…mais sous d’autres formes que la prédiction..). J’ai fait avec elle des recherches d’enfants disparus (je confirmais ou infirmais ses recherches sur cartes) qui ont abouti.
    La part de mon esprit scientifique n’y comprend rien et je ne cherche plus à comprendre car ce ne sont pas les méthodes et les outils universitaires qui m’y aideront.
    Elle utilisait ce don pour aider bénévolement (essentiel pour elle) les personnes qui étaient dans le désarroi.
    Elle a aujourd’hui près de 80 ans
    Ses capacités ont diminué progressivement et elle préfère ne plus faire de voyance, car cela la fatiguait beaucoup. Lorsque j’étais auprès d’elle, je lui servais de medium.

    Merci pour toutes vos contributions (SF et toi)à l’ouverture de l’esprit.

  • Juste un truc, à tout les grands scientistes : ça ne vous ai jamais venu à l’esprit que si les système de voyances ne marchaient pas dans des tests neutres et aseptisés, c’était justement parce que la voyance est simplement une amplification de l’observation, de l’ouverture et de la capacité de réfléxion de la persionne VIA un système de divination ?

    Cherchez donc à invalider ça (moi, je ne chercherai pas à la prouver, car je n’ai aucune vérité à imposer), je pense que vous en avez pour des années. Ce sera un peux une vengence de la part de ceux qui ont été berné par ces ahuris de para-psychologues.

  • J’aime beaucoup la science, et de temps en temps, je passe sur des sites sur la voyance, le wicca, les religions et mythologies. Je pense que si la science est extrêmement conservatrice dans son fonctionnement, ce qui l’a amené à cracher sur la théorie des plaques et le Big Bang au début, elle finit tôt ou tard par dire « ok d’accord j’avais tort ». Pour moi qui suis sceptique (dans le sens philosophique du terme), la science doit laisser la place au doute, or j’ai du mal à croire que pendant plus de 10 000 ans les hommes aient colportés des idées simplement « pas sérieuses », ce qui m’amène à rechercher des témoignages sur ces phénomènes, de façon à me forger mon opinion (ceci dit je ne suis toujours pas fixée).
    Enfin bref, je venais ici surtout pour dire que je n’aime pas trop cet amalgame sceptique=rejette en bloc toute hypothèse paranormale, même si je sais que c’est le sens courant, ça me hérisse. Et aussi qu’il existe des théories de vision du monde qui ne vont pas à l’encontre de l’existence de la divination et des phénomènes paranormaux, elles ne sont simplement pas prépondérantes. Les éons de Jean Charon (http://www.chaouqi.net/index.php?2005/07/11/17-jean-charon-les-eons), l’hypothèse Gaïa (http://fr.wikipedia.org/wiki/Hypoth%C3%A8se_Ga%C3%AFa), ainsi que la théorie des cordes et ses très nombreuses dimensions (http://public.web.cern.ch/public/fr/science/strings-fr.html) ou encore la théorie des multivers (http://www.besoindesavoir.com/article/799687/multivers-theorie-des-mondes-multiples) en sont des exemples. Si le modèle actuel n’accepte pas le paranormal, il n’est pas impossible que le modèle qui le supplante, lui, l’accepte. Tout ça pour dire qu’il y a des théories qui tentent de rassembler science et paranormal, et qu’il est un peu vain d’attaquer les scientifiques comme bornés, et les voyants comme charlatans.

  • Tectonique des plaques, pas théorie.

  • personnes n’a raison, mais personnes n’a tort $

    on n’a pas le droit de mettre l’esprit au service de la matière
    c’est la matière qui est au service de l’esprit
    dans la science on essaye de faire le contraire
    c’est pour ça que la planète est dans cet état

  • – Un voyant qui se fait rémunérer n’est pas un vrai voyant

    alors pourquoi les voyants prennent ils un tarif aussi élevé ?

  • Bonjour et merci pour cet article très intéressant , à lire et à relire attentivement amitiés à vous Chris

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