Des prêcheuses aux réformes généreuses

En fouillant parmi les cendres des hérésies moyenâgeuses, il en est une qui se profile comme le parent pauvre des doctrines anathémisées : Le Valdéisme. Exhortant également ses adeptes à vivre dans le dénuement, les valdéistes ou vaudois ne purent louvoyer aussi habilement que les disciples de St François d’Assise. Ces derniers évitèrent de s’attirer les foudres de l’Eglise Catholique en respectant ses consignes à la lettre. Ainsi tout le monde y trouva son compte, ce qui ne tomba pas dans l’escarcelle des franciscains vint grossir le patrimoine de la Sainte Mère.

De leur côté, les Valdéistes, qui dans l’intention peuvent s’apparenter aux Dolciniens, dont le cri de ralliement Penitentia agite résonne encore dans l’abbaye mettant en scène le Nom de la Rose, connurent leur lot de persécutions de par le radicalisme de leur doctrine. Celle-ci véhiculait, en sus du principe de pauvreté et d’humilité, une pré-réforme novatrice et visionnaire pour l’époque: Le droit pour les femmes d’accéder à un ministère. Dans le giron des Valdéistes, il n’était pas question de prêcheurs mais de barbes et de là à prétendre qu’on doit à ses hérétiques l’invention de la femme à barbe, il y a un pas que je ne franchirai que pour le plaisir.

Mais avant de survoler les autres points marquants de leur message, il convient de dépoussiérer la facette historique de ce lustre théologique :

La fin du 12ème siècle propice à l’expansion d’un florilège d’hérésies antérieures dont les plus célèbres restent celles des cathares ou des albigeois réprimées plus tard par Simon de Montfort, assiste à la naissance d’une nouvelle doctrine. Partie de la paroisse de St-Nizier dans le lyonnais et incarnée en 1173 par un certain Valdo ou Valdès selon les sources, le Valdéisme va rapidement essaimer dans la partie méridionale de l’Europe, de la Provence au nord de l’Italie, allant même jusqu’à se ramifier et franchir le cap oral en Bohème.

L’opinion des différents auteurs ayant documenté les sources divergent quant au prénom de Valdo, certains ne voyant dans Petrus ou Pierre qu’une allusion à l’apôtre qui servit de terrassement au christianisme.

Bannis par l’évêque de Lyon, les valdéistes se reconvertirent en ouvriers agricoles, pérégrinant de villages en villages et répandant la semence de leur réforme. La mort de Valdo en 1206 sonna définitivement le glas d’une réconciliation possible avec le Saint-siège, à cet instant le pape Innocent III était disposé à négocier avec ses brebis égarées en vue de leur réintégration. Dès lors, ayant perdu leur interlocuteur privilégié, ce qui devait arriver arriva et en 1215, lors de la tenue du Concile de Latran IV, les valdéistes furent frappés d’hérésie.

A l’image d’autres mouvances mineures, les vaudois disparurent après avoir été une nouvelle fois persécutés par le Duc de Savoie à la fin du 17ème. Entre temps, ils avaient établi des bastions en Suisse suite au schisme opéré un siècle plus tôt durant lequel la majeure partie des adeptes choisit d’adhérer à la réforme en se désignant comme mentor un disciple de Jean Calvin du nom d’Olivetan.

Un groupuscule issu de la branche dure restée fidèle à Valdo profita néanmoins au cours du 19ème de la mansuétude du roi Charles Albert pour continuer à propager cette doctrine en Italie où se tient encore de nos jours leur assemblée, appelée Table que préside une femme, Maria Bonafede.

Outre le fait qu’elle incarne l’un des principes du Valdéisme promulguant l’égalité des sexes devant le sacerdoce, ses prises de positions la distinguent d’autres leaders religieux. Cette Modératrice s’oppose en effet à la présence du crucifix dans les lieux publics, démarche se situant entre iconoclasme et laïcité. D’autre part, elle estime que « la foi chrétienne est incompatible avec l’injustice économique, comme elle était incompatible avec le nazisme et l’apartheid ».

Après ce bref survol chronologique, revenons en aux bêlements de nos moutons noirs en déclinant quelques extraits de leur doctrine qui, sans se différencier outre mesure des bases qui constitueront les fondements de la Réforme, se démarquent néanmoins par ce discours égalitaire entre hommes et femmes.

Comme je l’ai exprimé dans l’introduction, n’importe quel fidèle, sans différenciation de genre, peut prétendre au statut de « barbe » pour autant qu’il ait été initié aux saintes écritures. Lors des prémices de l’hérésie, Valdo se contentera dans un premier temps de partir en tournée en offrant aux esgourdes providentielles un récital condensé de morceaux canons.

Selon lui, le culte romain, n’a aucune valeur, les catholiques sont des idolâtres et les fidèles doivent se fondre dans un mimétisme spirituel avec les saints et non en vénérer les images taillées. La salle d’attente qu’est ce purgatoire tel que le dépeint le dogme n’est qu’un conte dans lequel les grenouilles de bénitiers n’ont aucun risque de voir apparaître le prince charmant les nuées. Il est inutile de se préoccuper du salut de l’armée des morts, ceux-ci sont d’ores et déjà réformés à l’heure du trépas. Le baptême du nourrisson ne renferme aucune autre vertu que celle destinée à lui purifier le séant après l’avoir extrait de l’ange. Quitte à ce que Rome y perde son latin, le culte doit se tenir en langue populaire.

Et ce ne sont là que quelques passages que subjectivement, je retranscris en accord avec la modernité qui les caractérise.

©Endemoniada 2008

Sources : « Les mouvements antérieurs à la Réforme », document pdf de Georg Plasger, sur le site Reformiet Online.

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