La revanche de Gaïa, James Lovelock

Par Endemoniada

Peace & Lovelock

« Il y a deux milliards d’années, la Terre était jeune et vigoureuse. À présent, elle lutte pour sa survie. Car une espèce a tragiquement aggravé ses conditions climatiques, l’espèce humaine, en passe de devenir, selon James Lovelock, le pire ennemi de la planète […] Pour Lovelock, le développement durable n’est pas plus viable que la poursuite de nos activités. Seul un repli démographique et économique peut redonner à la Terre les moyens de demeurer une planète habitable. Si nous n’engageons pas dès maintenant le processus de paix, le pire est à prévoir : l’extinction de la plupart des espèces vivantes, la nôtre en particulier ». (extrait du quatrième de couverture)

Une silhouette qui pourrait être balayée par la moindre bourrasque, un regard bleu comme cette banquise qui fond à vue d’œil, une chevelure blanche dont seuls se parent les sages et les fous. Qui pourrait imaginer que cet homme effacé, James Lovelock, 87 printemps au compteur biologique, ait été pendant si longtemps l’élément neutre et perturbateur, le singleton trublion des milieux scientifiques ?

Pourtant, à la simple évocation de « l’hypothèse Gaïa » dont il est le géniteur, les herses obstruant l’ouverture de la pensée grincent alors que dans l’autre camp, la faction new-age frise le lumbago et surtout le ridicule à force de se prosterner devant cette authentique relique.

Qu’on adhère ou non à ses théories, Lovelock rejoint Einstein dans les rangs des pionniers dont les idées visionnaires ont été galvaudées, déformées à force de les agiter au bout d’un élastique qui finit inexorablement par céder.

La mémoire des hommes semble s’amenuiser à mesure que la capacité de stockage des ordinateurs qu’elle fabrique augmente. La NASA se garde bien de rappeler que pendant la course à l’espace faisant rage dans les années soixante, James Lovelock qui n’était alors qu’un obscur biophysicien au service de sa gracieuse majesté, leur a évité d’être la risée du monde communiste. C’est à se demander comment ils ont réussi à envoyer un homme sur la lune en faisant preuve d’un amateurisme aussi poussé.

En effet, ces messieurs étaient persuadés que le climat aride du désert californien revêtait les mêmes caractéristiques que la planète Mars et dépensaient l’argent du contribuable dans des projets coûteux qui ne survivront pas à la sagacité de Lovelock.

En trois nuits d’insomnie seulement, notre homme démontre l’inutilité de telles dépenses et livre à la NASA la clé d’une partie de ses interrogations. Pour la première fois, apparaît le concept d’une « signature de la vie » permettant de détecter en analysant la lumière provenant d’un astre céleste si celui-ci a une chance de renfermer autre chose que des châteaux de sable espagnols, le tout, sans que les éminences grises n’aient à décoller les fesses de leurs ronds de cuir.

De quoi se faire un tas d’amis, surtout parmi le lobby des industriels fournissant la NASA en matériel aussi inadéquat qu’onéreux.

Mais Lovelock ne s’arrête pas en si bon chemin. Dix ans plus tard, les prémices de « l’hypothèse Gaïa », faisant de notre terre un être vivant à part entière suscitent la controverse après leurs parutions dans la revue Nature, avant qu’en 1979 ne sorte son premier ouvrage qui ne cessera de diviser ses contemporains.

«La matière tend vers un désordre croissant auquel s’oppose l’action organisatrice de la vie », résume parfaitement ce premier jet de pavé dans une mare croupissante.

Lovelock, qui caressait le rêve d’embrasser une carrière médicale, se positionne désormais en sentinelle au chevet de notre planète, la main crispée sur le signal d’alarme. Les milieux ésotériques qui prônent le « peace and lovelock » à outrance tirent vers le vieil homme une couverture aux mailles trop distendues pour retenir la quintessence de son message, mais fort heureusement, des écologistes à la fibre pragmatique brandissent l’étendard de la raison pour donner naissance aux balbutiements du développement durable, un concept connaissant un regain d’intérêt jusque dans la sphère politico-économique actuelle.

Aujourd’hui, James Lovelock, ce papy assoiffé de résistance, relègue son déambulateur aux oubliettes et monte à nouveau au créneau.

Lovelock

Cette fois, il n’est plus question de sonner le tocsin pour avertir du danger, mais bien le glas, car selon lui, le point de non-retour a été franchi et même en modifiant drastiquement notre comportement à l’encontre de la grande bleue, l’espoir de voir la tendance destructrice s’inverser s’est envolé, profitant d’une migration d’oiseaux sauvages comme l’aurait exprimé St-Exupéry.

Endemoniada 2007

Illustration : La terre vue d’Apollo 17. Image de la NASA, 2006.

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