Donjon et Dagon

 Donjon et Dagon 01La forteresse noire, Francis Paul Wilson

 « Woermann découvrit le donjon quand la colonne éparpilla un petit troupeau de chèvres arrêtées dans un virage particulièrement serré. Il lui fit tout de suite une impression étrange quoiqu’assez favorable. La bâtisse avait la forme d’un château, mais sa petite taille interdisait de lui attribuer ce nom ; c’est pour cela qu’on la qualifiait de donjon. Elle n’avait pas de nom, ce qui était plutôt curieux ; elle était censée être vieille de plusieurs siècles, mais on eût pu croire que la dernière pierre datait d’hier. En fait, sa réaction initiale fut qu’ils s’étaient trompés de route. Il ne pouvait décemment pas s’agir de la forteresse séculaire et désertée qu’ils avaient mission d’occuper. »

 Avril 1941 : un détachement de soldats de la Wehrmacht est chargé d’occuper une forteresse roumaine pour sécuriser un col de montagne, plus ou moins en prévision de l’opération Barbarossa. Le bâtiment, une place forte assez sinistre que tout le monde appelle par défaut « le donjon », est étrangement décoré de 108 croix métalliques incrustées dans la pierre. Malgré les avertissements du gardien, un petit malin a l’idée généreuse de desceller, durant la nuit, une croix plus alléchante que les autres. Persuadé de devenir riche, le soldat perd la tête… Et en fait, oui : il perd la tête.

Donjon et Dagon 02Les jours suivants, Woermann se tape une grosse déprime lorsque ses hommes se font arracher la gorge les uns après les autres. Bien qu’opposé au régime nazi, il n’a d’autre choix que d’appeler au secours sa hiérarchie. « Quelque chose extermine mes hommes » écrit-il à ses supérieurs qui lui envoient en renfort une délégation de SS, commandée par le très antipathique Éric Kaempffer, tout frais revenu d’un stage dans les camps de la mort. L’officier est bien décidé à régler le problème en vitesse, pressé de prendre en main l’installation d’un camp de concentration tout neuf dans la région. Persuadé que les meurtres sont l’œuvre de partisans, Kaempffer décide de s’en prendre aux villageois, mais doit changer son Mauser d’épaule lorsque deux de ses hommes assassinés viennent lui tirer les pieds pendant la nuit. Finalement, on appelle à la rescousse un vieux professeur roumain, accompagné par sa fille qui lui sert de garde-malade. Après avoir papoté en slavon avec la créature (ça ressemble à un vampire, ça parle comme un vampire, ça boit du sang comme un vampire, mais est-ce un vampire ?), il décide que le monstre ferait, ma foi, une arme assez satisfaisante contre Adolf Hitler. Mais n’est-il pas en train de pactiser avec un mal encore plus GRAND ?

 En cours de route, une nouvelle pierre descellée révèle quelques fameux grimoires dont le Livre d’Eibon, le Vermiis Mysteris et le Necronomicon, mais l’auteur nous avait avertis dans les remerciements au tout début du livre qu’il devait beaucoup à Lovecraft, Howard et Clark-Ashton Smith.

 Retitré La forteresse noire, après la sortie de l’adaptation éponyme réalisée par Michael Mann en 1983, Le donjon (The Keep, 1981) révéla au grand public l’écrivain américain Francis Paul Wilson, jusque-là connu surtout des lecteurs du magazine Astounding Stories.

Donjon et Dagon. Melmothia, 2013.

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