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Mignonne, allons voir si la prose…

Déposé par dans 25 mai 2006 – 17 h 43 minPas de commentaire

Par Melmothia

Ophélie par John Everet Millais, 1852. 

Mignonne, allons voir si la prose…

En 1862, la belle Élisabeth Siddal, l’icône préraphaélite, décède d’une overdose de laudanum. Gabriel Rossetti, son peintre de mari, d’autant plus fou de chagrin qu’il était avec sa maîtresse pendant que sa femme agonisait, dépose dans le cercueil un recueil manuscrit de poèmes de son cru.

Élisabeth est enterrée au Cimetière Highgate, un fort bel endroit, sauvage comme il faut, truffé de chapelles et de mausolées, sillonné d’allées bordées d’arbres, de tout un fouillis de végétation et de caveaux les jupes relevées pour montrer leurs cercueils. C’est beau, sombre, romantique.

Le temps passe. Dix ans plus tard, le poète a un doute : et mon recueil ? Il se donne le temps de digérer le remords avant de demander une autorisation d’exhumer pour récupérer le texte. L’amour éternel c’est bien, la gloire, c’est encore mieux. Mais il ne tient pas à assister à la fête, il y envoie ses potes et attend fébrilement dans son canapé.

À la lumière des lanternes, le cercueil est ouvert. Howell, son agent, récupère le livre, il racontera plus tard qu’il a dû couper les boucles d’Élisabeth pour dégager le manuscrit.

À Rossetti qui demande dans quel état est sa belle, on répond intacte. Nickel. Propre comme un sou neuf, les joues roses, la chevelure abondante et peignée. Personne n’a envie de lui dire : pourrie. Et comme Stoker a eu l’idée d’y faire reposer Lucy et d’en faire un raccourci vers Carfax, le voilà mêlé à l’histoire. Désormais, c’est suivant son conseil que Rossetti est allé fracturer la tombe.

Et puis tout pousse et ramifie dans cette histoire. Élisabeth a désormais les dents longues et les cheveux plus longs encore. En réalité ses boucles rousses devaient ressembler à des algues ou à un pull détricoté.

Selon les variantes, un pieu vient faire son office ou bien la corvée est laissée aux générations futures pour animer un peu l’endroit en attendant.

Nouveau rebondissement dans les années soixante-dix : deux jeunes filles sont agressées, l’une d’elles est choquée et la voilà qui chaque nuit repart en trottinant vers un des caveaux du cimetière, les yeux révulsés et la bave aux lèvres. En général on l’arrête à temps -moi, j’aurais attendu pour voir.

On se rappelle alors d’un vampire turc qu’on a dû laisser traîner dans un coin, par là. Le plus beau des mausolées, celui dont l’entrée ressemble à un temple ouvrant sur des profondeurs doit abriter quelque chose. En tout cas, il en a bien l’air.

Alors, on exorcise, on ouvre les cercueils, on fouille les tombes. La police arrête le mage noir de service et le colle en taule pour l’exemple, pendant ce temps les autres continuent à enfoncer des pieux. Entre temps, on découvre deux rats morts auxquels on trouve l’air un peu pâle. Il y a un vampire c’est sûr, d’ailleurs bientôt c’est plus un cimetière, mais un équarrissage. Les animaux morts se multiplient, exsangues. On reparle des boucles rousses d’Élisabeth qui n’en finissent plus de pousser, un centimètre par semaine au moins. Le cimetière est fermé au public. Vlad IV aurait fait un crochet par là. Bathory aussi sans doute. Qui n’a pas fait son crochet par Highate ?

En fin compte, la légende accouche d’un livre écrit par Sean Manchester. Comme quoi rien de tel que du texte pour enfanter du texte. Sur le recueil moisi de Rossetti viennent éclore quelques proses – mignonne, allons voir si la prose, etc.

Selon certains, le vampire serait toujours là-bas.

Melmothia 2006

Si voulez une version plus romantique et moins fantaisiste que la mienne, lisez La fée de Chelsea, sur le Blog Neverland.

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