Effraction mentale, Joachim Körber

Effraction mentale, Joachim Körber, 2002.Fraîchement débarqué d’Allemagne avec sa fille Amy, pour mener des recherches en parapsychologie dans un institut américain perdu au milieu du désert, le docteur Stefan Hellmann découvre qu’on lui caché des informations sur son prédécesseur, un certain Wentworth censé avoir démissionné quelques semaines plus tôt. Il n’aura pas besoin de chercher longtemps ni très loin, puisqu’il retrouve quasiment illico le cadavre du type à la morgue, le cerveau grillé comme un chamallow.

Pendant que papa enquête, Amy rêve. D’un bel adolescent prisonnier dont elle tombe amoureuse. Problème : ne serait-ce pas un stratagème de la « bête », le monstre capable de tuer par télépathie enfermé au sous-sol de l’hôpital ?

Malgré quelques lourdeurs de style, peut-être dues à la traduction de l’allemand, Effraction mentale est un roman plutôt agréable à lire ; mais, comme dans nombre de textes du genre, une fois les pièces du puzzle assemblées, le dénouement chipote avec des rebondissements énervants. Le duo de héros, Stefan et sa collègue Jill, avec laquelle il noue l’incontournable histoire d’amour à la moitié du récit, se retrouve enfermé dans le centre avec des militaires très antipathiques aux trousses. Coucou, je t’ai désarmé, coucou tu ne me trouveras pas, ah, zut le flingue a encore changé de main… Après de longues pages où les personnages jouent aux chaises musicales sur la place du condamné, le shérif du coin, Amy, et le chien Wolf arrivent à la rescousse et l’action rebondit encore et encore.

Extrait du chapitre 9 :

La cabine s’immobilisa. L’obscurité filtrait sous la rainure de la porte qui s’ouvrit sur des ténèbres impénétrables. La faible lueur du plafonnier de la cabine dessinait un demi-cercle de deux mètres à peine au-delà de la porte. Partagé entre l’envie de tout laisser tomber et celle d’élucider ce mystère, Hellman s’avança et tâtonna des deux côtés de la porte, à la recherche d’un interrupteur. Il ne trouva que le bouton d’appel de l’ascenseur.

Il resta immobile, indécis. L’atmosphère était étouffante, comme si les masses de pierre et de sable qui entouraient le sous-sol faisaient pression sur les murs. Hellmann se rappela les paroles de Ramon. Il n’y a qu’un couloir qui conduit de l’ascenseur à la morgue. La porte est juste en face de l’ascenseur ; il suffit d’aller tout droit jusqu’à la porte suivante. On ne peut pas se perdre.

Hellmann inspira profondément et s’avança résolument dans les ténèbres. Il entendit le chuintement de la porte de l’ascenseur qui se refermait, le coupant du monde, irrévocablement. Il avait du mal à s’orienter dans le noir, mais s’efforçait de marcher en ligne droite pour ne pas manquer la porte d’en face. Au bout de dix pas, il se retourna. La petite lampe surmontant la port de l’ascenseur était son seul repère, étoile du Berger : vacillante dans un espace insondable. Il fit encore deux pas. La lueur disparut. Hellmann tendit les mains devant lui, craignant de se cogner dans la porte qui devait être en face de lui. Il sentait ses jambes se mouvoir, mais en l’absence de tout repère, il était dans l’incapacité de dire s’il avançait vraiment. Trente pas Trente-cinq. A quarante, sa main droite rencontra une surface de métal poli. Il l’effleura et finit par rencontrer une poignée.

Pour la première fois, l’idée qu’il pouvait y avoir quelqu’un à la morgue lui traversa l’esprit. Comment expliquer sa présence ? Mais dans ce cas, il y aurait sûrement eu de la lumière.

Il abaissa la clenche, poussa la lourde porte. Elle donnait sur un autre couloir. De part et d’autre, des veilleuses de faible puissance jalonnaient les murs. Elles semblaient se rapprocher et se fondre au loin en une seule ligne lumineuse. Au bout d’une vingtaine de mètres, il arriva à une deuxième porte métallique. Laquée de blanc, elle se détachait comme un spectre dans la pénombre. Il distingua les lettres PATHOLOGIE – d’un noir profond, comme des trous gravés à l’acide dans une plaque d’émail.

Wolf, Joachim Körber. Traduction française par Odile Demange : Effraction mentale, Joachim Körber, Pocket, 2002.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *