Visite à Salem

Salem. Photographie par Anahé, 2006.
Salem. Photographie par Anahé, 2006.

Voilà une visite que j’aurais regretté de ne pas faire.
 Salem est reliée a Boston par le commuter rail (sorte de train de banlieue), trente minutes de trajet, presque la porte à côté. Nous voilà donc partis en expédition au pays des sorcières.

A première vue, Salem est une petite ville typique de Nouvelle-Angleterre, tendance ville de ploucs, avec à peu près une église par habitant. Evidemment, la ville fait son fond de commerce des sorcières et de tout ce qui peut s’y apparenter. Il y a donc un nombre intéressant de boutiques goths (certaines avec des fringues magnifiques mais hors de prix) et de magasins ésotériques.
Nous ne croisons pas grand monde dans les rues, quelques touristes égarés et un couple de goths.

La ville semble plus que calme. On retrouve l’architecture typique du coin : grandes maisons en bois avec les perrons à colonnades, bâtisses de brique rouge. L’ambiance est un peu étrange, quelque chose de morne ou de trop lisse pour être franchement sain, sans doute n’est ce pas pour rien que HP Lovecrat a utilisé Salem comme modèle pour sa ville d’Arkham. Ceci dit, nous sommes dimanche et il pleut.

Nous nous arrêtons déjeuner dans un resto très cosy, je goûte les Church Street’s Meatloaf (plat préparé avec de la viande hachée, des épices et des champignons -pas mauvais du tout). A la table voisine un curé en col romain fait la conversation a une des ses paroisiennes. Hum… Le Witchmuseum, attraction principale de la ville, se dresse comme un décor de théâtre particulièrement kitch près du jardin public. La statue de Roger Conant, le fondateur de la ville lui fait face, imposante : un puritain, un vrai, du genre qui n’a pas l’air de plaisanter… Il n’a cependant pas participé à la chasse aux sorcières de 1692, pour la bonne raison qu’il était retourne ad patres quelques années avant. Le musée propose de retracer et d’expliquer cette période, puis dans une deuxième partie, propose une vision « évolutive » de la sorcellerie, du 17e siècle à nos jours.

Salem. Photographie par Anahé, 2006.
Salem. Photographie par Anahé, 2006.

Nous entrons dans une grande salle sombre et nous installons sur des bancs. Autour de nous sont situées de manière circulaire 9 scènes qui seront éclairées a tour de rôle, évoquant les moments clé de l’histoire. Les tableaux sont composés de mannequins de taille presque réelle et commentés en voix off.

Le 1er tableau à s’éclairer est une représentation du diable, avec des pieds de bouc comme il se doit et un air patibulaire. Ensuite, on voit un intérieur de maison, une femme qui file en compagnie de sa fillette, et la voix off explique les conditions de vie des habitants de l’époque, en particulier des femmes. Au tableau suivant, on voit des gamines rassemblées autours d’une esclave qui leur raconte des histoires vaudous. Le 4e tableau montre le moment où la nièce et la fille du pasteur, tombées malades, sont déclarées possédées… De là démarre la chasse en elle même avec les dénonciations, les procès, et les exécutions.. Un tableau figure les geoles, un autre le tribunal, un autre encore montre la mise à mort d’un accusé par écrasement. Cette torture consiste en l’accumulation de gros cailloux sur le veinard en question, jusqu’à ce qu’il avoue ou jusqu’à ce qu’il meure. En l’occurence, le gars n’avait rien à avouer.

Le dernier tableau représente l’exécution par pendaison d’un des 4 hommes condamnés à mort au cours de cette hystérie collective.
Sur cette période, 300 personnes ont été accusées de sorcellerie, 19 ont été condamnées à mort (14 femmes & 5 hommes donc), on peut trouver la liste de tous les noms dans le hall d’entrée du musée.

La deuxième expo fonctionne un peu sur le même principe. La aussi, des manequins grandeur nature et des voix off, plus un guide sympa qui explique, répond aux questions et fait les transitions. Le premier mannequin est celui d’une femme tenant un nourisson dans ses bras. Une sage femme, qui met les enfants au monde et connait la médecine traditionnelle par les plantes. Le deuxième montre une sorcière sur son balais, avec un visage vert, laide comme les 7 péchés capitaux, devenue l’une des personnifications du mal (celle qu’on retrouve dans les contes pour enfants comme Hansel et Gretel). Sur le troisième et dernier tableau, un couple au front ceint de rameaux, vêtus de capes et de tuniques de velours, représente les actuels pratiquants de la Wicca (reconnue comme religion officielle aux USA.) Une frise sur le mur retrace les évènements historiques principaux ayant plus ou moins partie liée avec la sorcellerie : le procès de Jeanne d’Arc et celui de Galilée, l’affaire des poisons, la publication de tel ou tel ouvrage de démonologie, pour arriver à Nancy Reagan et son astrologue favori en passant bien sur par la période du Mac Carthysme, l’autre « chasse aux sorcières ».

Evidement, après la visite du musée, il y a le passage obligatoire par la boutique. On y trouve un certain nombre de bouquins, pour enfants ou pour adultes, plus ou moins sérieux, sur la Wicca, la sorcellerie, la magie, etc, mais aussi des exemplaires de La Lettre Écarlate de Nathaniel Hawthrone (l’histoire se passant dans un contexte voisin). En revanche pas de Poe ou de Lovecraft.
On y trouve surtout toutes sortes de gadgets de mauvais goût et par là même très marrants : des Tshirts portant le logo du musée, des chats noirs en peluche, des cartes postales, bref, tout ce qu’on peut rencontrer habituellement dans une boutique de souvenirs, mis a la sauce locale. Je résiste donc aux couteaux à beurre en forme de doigts coupés, bougeoirs chauve-souris et autres pendentifs-araignée, pour prendre 3 petits bouquins (un guide des cimetières, un traites des superstitions et un livret sur le musee lui même). Il ne me reste plus qu’à m’armer de courage et d’un dictionnaire pour les lire.

Anahé 2006.

Salem. Photographie par Anahé, 2006.
Salem. Photographie par Anahé, 2006.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *