Le Djinn, Graham Masterton
Par Melmothia
Le Djinn (titre original : The djinn), par Graham Masterton. Traduction française Marie Rosenthal. Pocket, 1992.
Le Djinn est une histoire de jarre plutôt cruche, dont le héros n’est autre qu’Harry Erskine, le vrai-faux voyant du roman Manitou, écrit par Masterton deux ans plus tôt. Hélas, notre détective du paranormal semble frappé d’amnésie puisqu’il passe une partie du texte à douter de la puissance maléfique du djinn confiné dans une jarre, elle-même cloîtrée dans une tour, enclavée dans une propriété isolée. Malgré ça, les protagonistes se questionnent sur l’étanchéité du dispositif. Autant prendre les devants. Ouvrira, ouvrira pas la porte de la tour est donc toute la question de ce roman qui s’essouffle à mi-parcours. En attendant, la nuit est pleine d’ombres. Est-ce tante Marjorie ? La gouvernante aussi moche que suspecte ? Tonton qui vient de s’arracher la peau du visage ? Ou encore Ali Baba, le magicien ayant originellement invoqué le djinn ?
Plutôt que les 40 « voleurs de vie » promis dans le roman, un mauvais esprit trouverait au Djinn 40 pages en trop, même si les 40 viols de la bonne, pendant la dernière ligne droite, parviennent à faire entrouvrir un œil au lecteur. Enfin , – pardon pour le spoiler – n’étant plus à un escamotage près, pour refermer son pot à djinn, Masterton nous gratifie d’un final à la Molière où chaque protagoniste se révèle être le descendant d’un personnage de la légende originelle dans laquelle il finit par retrouver avec plus ou moins de bonheur (plutôt moins) sa place.
Extrait (début du roman) :
« Une journée de mi-août, étouffante. Rassemblés au cimetière des Champs Paisibles dans nos costumes sombres trop épais, nos cols trop serrés et nos cravates noires, nous avions tout d’un bataillon de homards endimanchés frisant l’apoplexie. Au cinéma, les enterrements se déroulent toujours sous des trombes d’eau et des parapluies noirs. Les larmes se mêlent à la pluie. Si des larmes coulaient à cette cérémonie – je n’en remarquai pas – elles étaient intimement mêlées à une sueur dénuée de tout sentiment.
Dans cette assistance, le défunt était probablement la seule personne à l’aise. Il était allongé dans un coûteux cercueil de chêne verni clair, aux poignées artistiquement travaillées. Lis, roses et orchidées étaient massés sur le couvercle. Cela tenait davantage d’une exposition florale sans gaieté que d’un enterrement. En dépit de nos visages affligés, nous ne pensions tous qu’à ensevelir notre défunt en vitesse afin de nous hâter vers une autre sorte de bière… bien fraîche.
Le pasteur débita les paroles habituelles devant la tombe ouverte. La veuve se tamponna les yeux avec un petit mouchoir de dentelle. Le cercueil descendit dans le sol desséché. Mal à l’aise, nous jetâmes des poignées de terre sur le couvercle. Je jetai la mienne doucement, pour ne pas le déranger. Il était bien mieux là où il se trouvait ».
Deuxième extrait (chapitre 8 ) :
« Pendant un instant, je crus que les tentacules du djinn, allaient m’entourer et me brûler vif avec leurs morsures. Mais le visage recommença lentement à se dissoudre et le djinn s’éloigna de moi en glissant. En longues spirales pâles, presque caressantes, il roula à travers la pièce et se mit à envelopper Miss Johnson, agenouillée au milieu de flaques de son propre sang et secouée par une sorte de transe hystérique et démente.
Derrière moi, Qualt me prit par l’épaule et me tira vers la porte. Mais l’un et l’autre avions les yeux rivés sur le djinn s’enroulant en torsades compliquées autour de Miss Johnson. Elle leva la main et le caressa, puis blottit son visage contre lui, comme une femme se blottit contre son amant. Ses hanches prirent un rythme lent. Elle arracha les quelques lambeaux sanglants de tissu dont elle était encore couverte.
Terrorisés, nous regardions le djinn l’entourer et commencer à se glisser entre ses cuisses écartées. Miss Johnson haletait, gémissait. Les tentacules huileux du djinn étaient pâles et musclés. De sa main intacte, elle ouvrit sa vulve pour permettre à l’hideux tentacule d’y pénétrer. Nous vîmes le djinn forcer des mètres d’ectoplasme dans le corps de Miss Johnson. Puis elle poussa un tel cri de douleur que nous nous retournâmes, malades d’impuissance écœurée ».













