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Les démons

Déposé par dans 23 août 2011 – 21 h 00 min8 Commentaires

Par Melmothia

Bien qu’elle soit peuplée de monstres — chimères, cyclopes et autres gorgones, la mythologie Antique ne connaît pas les démons tels que le Moyen-Age occidental les imaginera, à savoir des créatures foncièrement malfaisantes. Pourtant, c’est de Grèce ancienne que le terme nous vient, mais daïmon y désigne un être surnaturel, intermédiaire entre le monde des dieux et celui des hommes. Le philosophe Socrate, si l’on en croit les écrits de Platon, parlait souvent à son daïmon personnel, autrement dit son bon génie.

L’Église médiévale récupérera le terme pour désigner des serviteurs du diable et les habillera d’un aspect également emprunté à la culture classique. L’allure singulière qu’on leur prête généralement, corps velu, cornes, crocs et pieds de boucs, correspond en effet à la description classique des satyres ou silènes, créatures sylvestres formant le cortège de Dionysos, au comportement turbulent et obscène.

Pour trouver les véritables ancêtres de nos démons, cependant, il faut aller plus au Sud, du côté de Sumer et Babylone. Depuis longtemps les historiens savent que c’est là, entre le Tibre et l’Euphrate, qu’il convient chercher les racines culturelles de l’Occident judéo-chrétien. On y rencontre pêle-mêle le premier récit du déluge, la véritable tour de Babel et les aïeuls des démons qui peuplent nos cauchemars. Ceux-là sont d’abord conçus comme les exécuteurs des sentences divines, puis comme des entités autonomes toutes dévouées au mal. Ils sont des « souffles » ou des « venins » qui entrent dans le corps de l’homme pour le rendre malade ou fou. Les textes nous disent qu’ils sont invisibles, parfois entourés d’un halo, et qu’aucun obstacle, hormis la magie, ne saurait les arrêter. Ils aiment les lieux néfastes aux hommes, déserts, ruines, forêts sombres, et dégagent une odeur nauséabonde.

La mythologie les classe par groupes. On trouvera ainsi les démons-maladie tels qu’Alû qui perturbe le sommeil, les Etemmu, c’est-à-dire les spectres de ceux qui ont connu une mort prématurée ou souffert d’un défaut de rite funéraire, ou encore la triade des « démones mauvaises » susceptibles de provoquer la mort des fœtus ou des bébés. Parmi ces ravisseuses de nouveaux-nés, une certaine Lilitu se perpétuera dans les légendes juives sous le nom de Lilith. La tradition en fait la première femme d’Adam, enfuie ou chassée du jardin d’Éden pour avoir refusé de se soumettre à l’homme. Dans l’imaginaire collectif, Lilith deviendra l’archétype de la femme dominatrice, sauvage, à la fois désirable et redoutée. La tradition juive lui octroie le titre de « reine des succubes », des démons pouvant prendre l’apparence de femmes aguichantes pour séduire les hommes durant leur sommeil ou leurs rêves. Le pendant masculin en est l’incube.

L’existence du Diable et par conséquent des démons sera fixée par l’Église au Concile de Tour, en 567. Bien que les légendes juives mettent en scène des entités malines, l’Ancien Testament n’y effectue que de rares allusions ; c’est donc dans un épisode des Évangiles mettant en scène un possédé que l’Église ira chercher des arguments en faveur des hantises démoniaques :

« Jésus commandait à l’esprit impur de sortir de cet homme, dont il s’était emparé depuis longtemps ; on le gardait lié de chaînes et les fers aux pieds, mais il rompait les liens, et il était entraîné par le démon dans les déserts. Jésus lui demanda : Quel est ton nom ? – Légion, répondit-il. Car plusieurs démons étaient entrés en lui. Et ils priaient instamment Jésus de ne pas leur ordonner d’aller dans l’abîme. Il y avait là, dans la montagne, un grand troupeau de pourceaux qui paissaient. Et les démons supplièrent Jésus de leur permettre d’entrer dans ces pourceaux. Il le leur permit. Les démons sortirent de cet homme, entrèrent dans les pourceaux, et le troupeau se précipita des pentes escarpées dans le lac, et se noya. » (Évangile selon Saint Luc, 8: 30)

 Au profil déjà composite des démons, va se greffer le mythe des anges rebelles, tel qu’il apparaît dans une littérature juive d’apocryphes tardifs comme Le Livre d’Hénoch. Sa fonction est notamment de fournir une explication mythique à la présence du mal dans le monde. Les démons, rangés sous l’égide de Satan, constitueront désormais le contre-pied des anges, une armée des ténèbres en opposition à l’armée céleste. La silhouette des satyres y gagnera une paire d’ailes, de préférence de chauve-souris, animal nocturne objet de toutes les superstitions.

Si le folklore populaire européen regorge très tôt d’histoires de rencontres avec le diable, ce n’est qu’au milieu du Moyen-Age, que va émerger une nouvelle discipline la démonologie. À partir du XIIIe siècle, sous l’inspiration du Traité sur le mal de saint Thomas d’Aquin, la théologie va s’inquiéter de la nature de ces serviteurs du mal, puis se subdiviser en angélologie et démonologie pour les étudier de plus près.Pour cela, chacun y va de sa classification. Ainsi le médecin Jean Wier, au XVIe siècle, partant du principe que le chiffre « 6 » est celui du Diable, postulera l’existence de 66 princes de l’Enfer, à la tête de 6666 légions regroupant quelques 44 435 556 démons. Il n’a cependant pris la peine d’en lister qu’une soixantaine, contrairement à d’autres qui nous offrent des catalogues entiers de démons proprement rangés en bataillons sous l’autorité de « princes des enfers » tels que Belzébuth ou Bélial.

Ce « tournant démonologique », ainsi que l’écrit Alain Boureau, aura notamment pour conséquence, un siècle plus tard, l’extension des pouvoirs de l’inquisition, originellement fondée pour combattre les hérétiques, à la lutte contre la sorcellerie, donnant lieu à la fameuse « chasse aux sorcières » qui fera périr plusieurs milliers de personnes sur le bûcher.

Source inconnue, mais j’aimerais bien la trouver.

La « science » démonologique va encore s’enrichir et se complexifier sous l’impulsion de la magie et de la sorcellerie, au point qu’on trouve couramment de nos jours des ouvrages présentant les démons assortis de rituels destinés à les évoquer. Cette branche de la magie, pour le moins sulfureuse, porte le nom de goétie. Emprunté au grec et employé pour la première fois dans un grimoire du XVIIe siècle, le terme désigne les opérations permettant l’invocation et le contrôle des démons. Malgré quelques œuvres modernes, l’ouvrage le plus connu sur le sujet reste la Pseudomonarchia Daemonum ou Hiérarchie des Démons du sus-cité Jean Wier. On y trouve la liste de quelque 60 démons aux noms aussi exotiques que Bune, Andrealphus, Barbatos, Zépar, Murmur ou Glasya-Labolas.

Si, plutôt que de leur offrir l’hospitalité, vous désirez vous en débarrasser, vous pouvez toujours contacter un exorciste. Car si l’Église ne brûle plus les hérétiques ni les sorciers, elle a réaffirmé sa croyance en Satan lors du concile Vatican I en 1970 et continue de former des prêtres spécialisés dont la fonction est de chasser les démons du corps des humains. Cependant, l’opération est délicate. Face au très résistant Pazuzu, le Père Karras ne fera pas le poids. Quant au Père Merrin qui en vient finalement à bout, il devra s’y reprendre à plusieurs fois, ou plutôt en deux épisodes.

Melmothia 2009, article rédigé pour le compte du site Syfy

8 Commentaires »

  • Dryustan Artosa Novalis Byron dit :

    L’exemple de Socrate me trouble depuis quelques temps.
    Le Daïmon qui soufflait à son oreille était-il indépendant, ou « juste » une projection de sa conscience ? Égrégore ou esprit malin, au premier sens du terme ?
    Platon a décrit des comportements pour le moins curieux de la part de son prédécesseur; méditation pouvant durer jusqu’à deux jours, que les observateurs modernes traduiront par un état cataleptique, somnambulisme, plongeon dans une sorte de dialogue intérieur alors qu’il était en pleine discussion avec un interlocuteur bien « réel » (mais peut-être pas plus que celui qu’il entendait…)…

    La « réalité » de Socrate semble être de nature plus « spirituelle » que celle de son élève, pour tendre vers un matérialisme de plus en plus prononcé avec les suivants.

    Troublant…

    PS: pour passer du coq à l’âne, il me semble, Mel, que l’heure est peut-être venue de me choisir un pseudo moins débile, qu’en penses-tu ?

  • cauda draconis dit :

    Lire un grimoire tel « La Poule Noire » ou « Le Dragon Rouge » s’avère particulièrement savoureux pour qui veut pactiser avec un bouc puant à la queue fourchue, et n’a pas peur du ridicule. Le Dictionnaire Infernal de Collin de Plancy, quant à lui, divertira certainement les amateurs de Pokémons. Vraisemblablement, les entités démoniaques ne choisissent pas leurs noms, à l’instar des hommes.
    Plus sérieusement, on ne peut que s’incliner devant la stratégie du clergé moyenâgeux qui s’est fait fort de tenir la population sous le joug de peurs ancestrales, avec un panthéon novateur. Les frontispices des églises auront achevé de terroriser les pauvres paysans incultes. Le pouvoir de l’effroi n’a pas de limites.
    Aujourd’hui, le cinéma et la littérature spécialisée contribuent largement à l’entretien de certaines croyances diaboliques dans l’inconscient collectif. Je dors peu la nuit, de peur que Freddy ne viennent me tailler une boutonnière (je sais que Freddy n’est pas un démon, mais c’est un exemple que Melmothia appréciera à sa juste valeur.) Agere sequitur credere.
    Pour conclure, deux questions m’habitent : Qui est responsable du choix du pseudo du pauvre garçon qui se plaint ci-dessus ? En second lieu, le fait d’avoir « possédé » une créature imberbe à la fin du siècle dernier, me relègue-t-il au rang de démon ? Salute.

  • Dryustan Artosa Novalis Byron dit :

    Réponse à ta première question: un démon, probablement…
    Réponse à ta deuxième question : oui.

  • cauda draconis dit :

    Cher Dryustan….,

    Concernant la seconde question, une seule personne est apte à comprendre et apporter la réponse adéquate. Je lui adresse ce clin d’oeil en passant, parce-que nous nous connaissons de très longue date.
    Désolé, nous nous éloignons du thème liminaire : les démons.
    Finalement, n’en sommes-nous pas tous ?
    Dans certaines situations, notre part de noirceur intrinsèque ne nous conduit-elle pas aux pires extrémités. Les faits historiques qui jalonnent leur chronologie de torrents pourpres en témoignent cruellement, me semble-t-il. L’homme est le pire des nuisibles. Évidemment, ces démons-là sont moins ésotériques et forcément moins captivants. Mis à part les cocus, ils ne portent pas de cornes !
    Ceci étant, à certains égards, comme l’a écrit Madame de Maintenon, « le péché vaut encore mieux que l’hypocrisie. »

    P.S.: Sans méchanceté, je pense que tu devrais vite changer de pseudo et… laisser Lord Byron reposer en paix.

  • orion dit :

    Bonne article melmothia ^^

    Par contre il y a un détail que j’ai remarquer dans l’ancien testament et dans l’étude de plusieurs texte de l’ancien testament les démons ce sont aussi les vanités dans « l’ecclésiaste  » ….

    Et j’ai remarquer aussi que dans le livre d’enoch la première partie qui dénote le nom des déchus semble plus ancienne dans le style et dans les références certain pense même a une tradition orale qui remonterais a Babylone … donc pas si récent que cela .. regarde TAMIEL ;;;la traduction de son nom de l’hebreux est (celui qui etais a Babylone)

    Sinon chez les grecs les créatures comme les striges étais déjà un peux les archétypes de demon une bonne part de toute ces créatures on ete reprise après comme archétype dans la démonologie du moyen age et surtout de la renaissance
    Les succubes et autre incube son quand meme très proches des striges

    Et pour les amateurs de rapprochement entre le monde grecque et hébreux y a se rapport un peux étrange entre l’histoire du christ si dessus et l’histoire de la construction du temple de Delphes
    La aussi on trouve un troupeaux qui parle …

  • orion dit :

    et laisser vous allez a la glossolalie http://fr.wikipedia.org/wiki/Glossolalie
    10 vingt minute dans un chant en tournant dans le sens d’une spiriral voix haute et forte ….

  • chinche dit :

    Pour la source de l’illustration, je ne la connais pas mais je suis sure d’avoir déja vu d’autres gravures ou dessins du même auteur

  • Barbouz dit :

    Bonjour,

    Pour l’origine de l’image, il semble que ce soit « Belial et les démons », extrait de « Proces de Belial », par Antonii Ruttel de Parmenchingen, en 1450.

    Vu l’époque, il ne devrait pas y avoir de problème de droits d’auteur :D

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