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19 octobre 2009 – 18 h 31 min | Un commentaire

L’article ci-dessous est constitué d’extraits de l’ouvrage The History Of British Magic After Crowley de Dave Evans, publié par Hidden Publishing en 2007. J’ai pris des libertés avec l’ordonnancement de quelques paragraphes pour faciliter la lecture ; ces extraits s’étalant sur plusieurs chapitres…

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Le rôle du support dans la voyance [1ere partie]

Déposé par dans 7 janvier 2007 – 8 h 44 minPas de commentaire

boule-cristal-voyance02Par Melmothia

Quel est le rôle du support dans la voyance ? En voilà une bonne question ! me direz-vous, d’autant qu’il y a quelques années, elle avait valeur de norme ISO : le vrai voyant était celui qui n’utilisait aucun support ou le support le plus abstrait possible, les autres étant considérés comme des extralucides de seconde main.

Aujourd’hui, si le grand public, de mieux en mieux informé, ne rejette plus les cartomanciens et autres tripoteurs de symboles pour n’accorder le label rouge qu’aux voyants directs, hop, sans les mains, la question du rôle du support n’a rien gagné en clarté : tirer les cartes, ce n’est pas tout à fait la même chose que décrypter le marc de café, tout le monde en convient, mais personne ne peut dire précisément en quoi et il se trouve de plus en plus d’adeptes du relativisme pour escamoter le problème.

A la question « runes ou pistaches ? », les sages répondent « peu importe le support, c’est le voyant qui compte ». Pirouette qui prétend répondre à la question sans la poser, car dans ce cas, pourquoi investir 50 euros dans ce magnifique coffret de runes véritables gravées à la main dans la pure tradition des Eddas accompagnées de leur fascicule explicatif plutôt que de se lancer dans la nettement moins onéreuse voyance dans les épluchures de patates ?

1. Res Ipsa loquitur ?

Grosso modo, soit on considère que le support est loquace, soit que c’est le voyant qui est loquace. Dans la première optique, on laisse parler les runes, tarots, taches d’encre. Procédé réflexe des débutants : on fait sa petite mayonnaise et on va voir à la bonne page du livre ou dans le tableau à quelle sauce le destin est censé nous manger. Qu’il s’agisse de cartes, de dés, de pistaches, de taches d’encre ou de nuages, le livre vous dit « si ça ressemble à ça, ça veut dire ça ». Ensuite on peut introduire des subtilités mais globalement le verdict est tombé. De là vient d’ailleurs le préjugé évoqué plus haut séparant vrais voyants regardant le plafond d’un air inspiré et cartomanciens appliquant des formules. La réalité est plus subtile bien entendu.

L’autre école, celle du do it yourself, consiste à penser que le support est essentiellement un espace projectif. Dans ce cas, peu importe qu’on plonge les yeux dans les nuages, les dés, les cartes ou les topinambours, il jouera le double rôle de :

- Catalyseur, permettant l’extériorisation des ressentis.

- Soutien, indiquant des directions, structurant les intuitions, etc. C’est là que le terme support prend tout son sens.

En pratique les voyants font un peu des deux et, cahin caha, la machine fonctionne, par contre c’est la théorie qui pêche : Soit elle accorde trop de caution aux pistaches, soit à force de réfléchir au problème, elle tombe dans l’excès inverse. Or, aux éclairés qui prétendent que le voyant détient tout pouvoir sur l’acte de divination et que le support n’est qu’un objet, l’expérience répond que le support n’est pas neutre. Testez un tirage avec le jeu des sept familles de votre petite sœur, puis avec le Belline et vous verrez clairement ce que je veux dire.

Question d’affinité, répondront la plupart des gens ou de foi, de conviction, d’investissement. Oui, tout ça aussi. Mais pas seulement. Certes la subjectivité domine, certes il est capital d’utiliser des outils avec lesquels on est en symbiose, capital également de croire dans les gestes qu’on accomplit, et certes, une grande part de la ritualisation de l’acte, qu’il s’agisse d’allumer une bougie ou de prier Saint Glinglin, vise à fortifier les convictions. Là-dessus, nous sommes d’accord : La psychologie joue un rôle majeur. Cependant, une fois qu’on a vidé la baignoire, il faut toujours vérifier qu’il ne reste pas un bébé au fond. Il se trouve que si le voyant a toujours le dernier mot, les supports résistent quand même à l’idée d’être rangés dans l’armoire à côté du scrabble de papy.

En d’autres termes : le voyant est souverain mais le support n’est pas muet. Son rôle est certes moins important que ne le pensent les adeptes des tables d’interprétation prêtes à l’emploi, mais plus important que ne le souhaiteraient les tenants du « tout dans la tête, rien dans les mains ».

A retourner le problème, on en arrive à se demander si les deux vérités n’auraient pas la mauvaise idée de cohabiter, comme si la voyance était attribuable à 100% au voyant et mettons à 40% supplémentaire au support. Pour filer la métaphore plus haut, c’est un peu comme si votre baignoire d’une capacité de 300 litres, en contenait 600, plus un bébé. La difficulté est d’ailleurs détectable dans le discours des praticiens, non qu’il soit rare qu’ils se contredisent d’une phrase à l’autre mais, pour une fois, ils n’ont pas complètement tort de le faire. Des mêmes bouches sortent souvent les deux arguments, celui tendant à tout attribuer au voyant et celui vantant les mérites incomparables de la Roulette du Destin Aztèque (cherchez pas, ça existe pas) ou la puissance du Monopoly Divinatoire Egyptien (non plus). Du coup, personne n’a d’idée très claire à ce sujet et si l’on cherche des explications, on réalise que la question ne suscite aucun enthousiasme. Ce que l’on rencontre dans les milieux s’autorisant à penser consiste essentiellement en monographies (comment tirer les cartes en 20 leçons) et répertoires de mancies.

2. Mancies sur catalogue

Ces répertoires se présentent généralement comme des listes de noms barbares: acutomancie, encromancie, gemmomancie, phyllorhodomancie, tératomancie [1], suivis d’une définition concise livrant l’étymologie, parfois l’origine géographique. Les plus explicites vous disent qu’il faut faire comme ci ou comme ça si vous désirez vous essayer à la cafédomancie ou à l’aéroscopie.

Sur le moment on aurait presque l’impression d’apprendre quelque chose mais une fois l’ouvrage refermé, tout ce qu’on peut y gagner si on l’a lu d’un trait, c’est de faire des rêves avec des rimes en mancies, le plus fort de la réflexion philosophique consistant généralement en exclamations de type « Ah ben dis donc ! » confronté à l’étonnant paragraphe sur la divination par les fromages.

On n’en sort donc guère plus savant et, en plus d’être ennuyeux à lire, ces catalogues entretiennent la confusion classique entre l’outil et l’artisan : l’emploi du terme mancie pour désigner les supports laissant penser que chacun détermine un mode de divination radicalement différent. Tu fais quoi toi ? Moi je tire les runes, et toi ? Rien à voir, je lance des noisettes… Si l’on ne juge désormais plus le voyant sur son support, on continue par contre à dissoudre le bricolage dans le marteau.

Le degré au dessus de la poudre aux yeux, au-delà de cet amalgame métonymique entre supports et mancies, est l’accent porté sur le « comment faire », approche qui donne l’impression d’avoir répondu à la question. Quelle différence entre la cléromancie et l’aéroscopie ? Eh bien, pour tirer les petits pois, il faut une nappe rouge tandis que pour lire l’avenir dans les nuages, il faut tourner trois fois sur un pied, vous comprenez bien que ça n’a rien à voir…

Or, si l’on réfléchit un peu, ce type de réponse par les procédés ou encore par une vague allusion au substrat culturel où a poussé le support (la géomancie est arabe tandis que le Yi-king est chinois), revient à évoquer l’âge du capitaine pour justifier la hauteur de la voile. Bref, on n’est guère plus avancé. La question est toujours en suspens : Pourquoi tirer les runes plutôt que de lancer des allumettes ? Ou pour le formuler plus clairement, comme ça vous comprendrez où je veux vous emmener : Quelles sont les caractéristiques intrinsèques des supports qui les rendent si peu neutres ?

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©Melmothia, 2007.

[1] Acutomancie: divination par les aiguilles. Encromancie: divination par les taches d’encre. Gemmomancie: divination à l’aide de pierres précieuses ou de gemmes. Phyllorhodomancie: divination par les pétales de rose. Tératomancie: divination dans les naissances monstrueuses.

eso_cristal02

The Crystal Ball, John William Waterhouse,1902. Domaine Public.

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