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L’Église de Satan [2]

Déposé par dans 28 février 2011 – 1 h 14 min10 Commentaires

Par Melmothia

La Bible Satanique

« Dans Le Magicien d’Oz (1904), L. Frank Baum raconte comment son héros Tip attache ensemble deux canapés, des branches de palmier et la tête empaillée d’un Gump (une créature ressemblant vaguement à un elfe) avec une corde à linge, avant de saupoudrer le tout de poudre magique pour lui donner vie et s’enfuir dessus. Néanmoins, ainsi qu’en témoigne la panique de ses passagers, le Gump se révél0era manquer cruellement d’aérodynamique, tombant en morceaux après son premier et seul atterrissage. Tip, suivant le vœu du Gump, démonta le dispositif, mais la tête empaillée resta en vie et continua de surprendre les passants avec ses commentaires tout au long des treize tomes du Magicien d’Oz. L’Église de Satan, fondée en 1966, ressemble un peu au Gump de L. Frank Baum. Elle a également été assemblée de façon improvisée dans la hâte à partir de concepts vagues et mal assortis, transportant ses passagers dans une course accidentée, hasardeuse et chaotique qui dura les neuf années suivantes, jusqu’à la collision catastrophique de 1975. »

Michael Aquino – The Temple of Set.

Parue en 1969, c’est-à-dire trois ans après la fondation de la CoS, La Bible Satanique sera présentée par son auteur comme « un ouvrage diabolique, la base de notre philosophie ». L’idée ne vient pourtant pas de LaVey lui-même, mais de l’éditeur Peter Mayer, alors à la tête d’Avon Books, désireux de profiter du succès du film Rosemary’s baby et de l’intérêt croissant du public pour l’occultisme.

Le matériau dont dispose alors LaVey pour composer son ouvrage de commande se résume à un bref document destiné à être distribué aux membres de l’Église de Satan intitulé « Introduction au satanisme », un assortiment d’essais photocopiés sur du papier couleur réunis sous le nom de « feuillets arc-en-ciel » et quelques instructions concernant la conduite des cérémonies. Pour compléter ce matériau insuffisant, LaVey n’hésitera pas à emprunter un long extrait du livre Might is Right de Ragnar Redbeard et à récupérer chez Aleister Crowley le descriptif des Clefs Enochiennes. Par ailleurs, LaVey lui-même aurait déclaré que sa religion était simplement « la philosophie d’Ayn Rand à laquelle furent ajoutés des cérémonies et des rituels » [1]. A part son bouc et son crâne rasé, il ne reste donc plus grand-chose d’original à notre pape noir.

Après une dédicace où Fritz Lang côtoie Raspoutine, Mark Twain, Friedrich Nietzsche et Ragnar Redbeard, La Bible Satanique s’ouvre sur un bref prologue où l’on apprend que Satan n’a jamais eu droit à la parole, mais compte bien se rattraper dans les pages suivantes. « La chair prévaut », nous dit LaVey et « le salut de l’homme ne doit plus dépendre du reniement de lui-même ». S’ensuivent les fameuses « Neuf Déclarations sataniques » :

1) Satan représente l’indulgence, plutôt que l’abstinence.

2) Satan représente l’existence vitale, et non des promesses spirituelles irréalistes.

3) Satan représente la sagesse immaculée, au lieu de l’hypocrisie dans laquelle se complaisent les hommes.

4) Satan représente la bonté pour ceux qui la méritent, au lieu de la prodigalité gaspillée pour des ingrats.

5) Satan représente la vengeance, plutôt que le pardon.

6) Satan représente la responsabilité à ceux qui savent l’assumer, plutôt que de se soucier des vampires psychiques.

7) Satan représente l’homme simplement comme un animal parmi tant d’autres, parfois mieux, souvent pis que ceux qui marchent à quatre pattes, qui, grâce à son prétendu « développement intellectuel et spirituel, » est devenu le plus vicieux de tous les animaux.

8 ) Satan représente les prétendus péchés, puisque ceux-ci mènent à la gratification physique, mentale, ou émotionnelle.

9) Satan est le meilleur ami que les églises aient eu, puisqu’il les a maintenues en affaires depuis si longtemps.

L’ouvrage est ensuite divisé en quatre grandes sections, chacune dédiée à un démon et un Elément : Le Livre de Satan (Feu), le Livre de Lucifer (Air), le Livre de Bélial (Terre), le Livre de Léviathan (Eau).

1 / La raison du plus fort

« L’hypocrisie de LaVey ne porte pas uniquement sur l’ajout d’éléments fictifs dans son ‘autobiographie’. Elle concerne également la fameuse Bible satanique. À y regarder de près, il est clair que LaVey n’a pas développé beaucoup d’idées personnelles lors de son écriture de la Bible satanique. Il s’est largement inspiré des écrits d’une poignée d’auteurs antérieurs, notamment Ayn Rand, Friedrich Nietzsche, et Aleister Crowley. Il faut reconnaître, toutefois, que si LaVey n’était pas un penseur original, il doit être porté à son crédit cette synthèse créatrice de la pensée d’autrui destinée à devenir l’influence la plus notable du satanisme moderne »

John Smulo dans « Hypocrisy, Plagiarism and LaVey »

- Might is Right

Il est désormais notoire que « Le Livre de Satan », composé de cinq parties et sous-titrée « la diatribe infernale » est un plagiat de l’ouvrage Might is Right de Ragnar Redbeard, paru en 1890. Or, bien que cité dans la dédicace qui ouvre La Bible Satanique, Redbeard n’est à aucun moment crédité comme source.

« Might is Right » peut être traduit par le proverbe français : « La raison du plus fort est toujours la meilleure ». Ragnar Redbeard (alias probablement le Néo-Zélandais Arthur Desmond) y file un manifeste énervé en faveur du darwinisme social : vive le racisme, le sexisme, la violence et le sang séché dans les tranchées. À l’inverse : à bas la sirupeuse gentillesse et toutes ces saloperies de valeurs chrétiennes qui ne sont que faiblesse et servilité.

Pour composer son « Livre de Satan », LaVey ne va pas hésiter piocher des passages entiers en différents endroits du livre en les expurgeant des notions raciales propres à Redbeard et à son époque. Le « Livre de Satan » se présentera donc comme une suite d’aphorismes s’ouvrant sur « mort aux faibles et abondance aux forts ! », puis alternant entre attaque acerbe du christianisme et éloge du darwinisme social. Au pied au mur, LaVey dira dans une interview : « Might is Right de Ragnar Redbeard est probablement l’un des livres les plus brûlants jamais écrits, alors quoi de mieux pour écrire une introduction? Il était naturel que j’en prélève quelques extraits pour La Bible satanique » [2]. Sauf qu’il ne s’agit pas de « quelques extraits » et que LaVey ne prendra jamais la peine de créditer l’ouvrage dans La Bible Satanique, qui ne contient d’ailleurs aucune bibliographie.

Une couverture moche pour un ouvrage encore plus moche.

– L’Objectivisme d’Ayn Rand

« Je n’ai besoin ni de justification ni de sanction pour être ce que je suis. Je suis ma propre justification et ma propre sanction. »

Ayn Rand.

Pour comprendre la philosophie de la CoS, il faut faire un détour par une auteure méconnue dans la francophonie, mais jouissant d’une célébrité indécente outre-atlantique. Alissa Zinovievna Rosenbaum vit le jour le 2 février 1905 à Saint-Pétersbourg. Elle s’intéresse très jeune à la littérature et au cinéma, décidant dès l’âge de 9 ans de devenir écrivain. Après des études d’histoire, de philosophie et d’arts cinématographiques, elle se résigne en 1926 à quitter l’Union Soviétique pour échapper à la censure communiste. Une fois en Amérique, elle travaille comme scénariste, notamment pour Cecil B. DeMille. Elle est naturalisée américaine le 13 mars 1931 et change son nom en « Ayn Rand ». Son premier roman, Nous, les vivants, paraît en 1936. Partiellement autobiographique, il décrit la vie de son héroïne sous la domination communiste, sa confrontation avec la violence absurde du régime et sa fuite pour l’étranger. Son livre suivant, La Source vive aura une portée plus philosophique. On y lit cette profession de foi devenue fameuse :

« Il y’a des milliers d’années, un homme fit du feu pour la première fois. Il fut probablement brûlé vif sur le bûcher qu’il avait allumé de ses propres mains. Il fut considéré comme un malfaiteur qui avait dérobé à un démon un secret que l’humanité redoutait. Mais, grâce à lui, les hommes purent se chauffer, cuire leurs aliments, éclairer leurs cavernes. Il leur laissa un don inestimable qui chassa les ténèbres de la terre. Des siècles plus tard, un autre homme inventa la roue. Il fut probablement écartelé sur cette roue qu’il avait enseigné à ses frères à construire. Il fut considéré comme un transgresseur qui s’aventurait dans un domaine interdit. Mais, grâce à lui, les hommes purent voyager dans toutes les directions. Il leur laissait, lui aussi, un don d’une valeur inestimable et avait ouvert pour eux les routes du monde » (Extrait du Discours d’Howard Roark : Ayn Rand, La Source Vive. L’intégralité de ce discours se trouve sur le site Aperto Libro.)

Cette idée d’un homme prométhéen, créateur et entrepreneur génial, brimé par la société sera à la base de son ouvrage le plus célèbre : La Révolte d’Atlas (titre original : Atlas Shrugged, littéralement « Atlas hausse les épaules »), paru en 1957. On y suit les déboires de plusieurs « hommes de l’esprit » qui choisissent de se retirer d’une société de plus en plus collectivisée et réglementée. En l’absence de ces hommes qui supportent le monde (d’où la référence à Atlas), la dite société s’écroule. L’ouvrage censé dénoncer les ravages de l’interventionnisme social pose les bases de la philosophie d’Ayn Rand, qui sera désignée par le nom d’ « Objectivisme ». Ce courant, proche du libertarianisme, se décline en :

- une métaphysique : la réalité existe indépendamment de la conscience et des sens, ou selon la célèbre formule de Philip K. Dick : « La réalité, c’est ce qui ne disparaît pas quand on arrête d’y croire ». Selon Ayn Rand, chacun a l’obligation de percevoir et de comprendre la réalité afin de survivre.

- une épistémologie : du caractère immuable de la réalité découle la prééminence nécessaire de la « Raison ». L’individu a un devoir de lucidité. Il doit contrôler sa propre vie, faire ses choix et être moralement responsable de ses actes.

- une éthique : la première vertu est l’égoïsme : « L’homme doit vivre pour son propre intérêt, ne sacrifiant ni lui-même aux autres, ni les autres à lui-même » (Ayn Rand, La vertu d’égoïsme). D’un point de vue social, l’Objectivisme rejette toute forme d’interventionnisme étatique, et dans la foulée toute forme d’aide sociale ou internationale, la seule éthique de l’Objectivisme consistant à poursuivre son intérêt personnel.

- une doctrine économique : l’objectivisme milite pour la suprématie des « droits individuels » et pour la réduction de l’Etat à une simple activité judiciaire, se rapprochant en cela énormément du libertarianisme. Seul, selon Ayn Rand, le système du « laissez-faire » capitaliste peut garantir les libertés individuelles.

Enfin, d’un point de vue religieux, l’objectivisme prône un athéisme radical.

Intéressant ? Séducteur ?… Sans doute puisque La révolte d’Atlas était considéré dans les années 90 comme est le livre le plus influent après la Bible aux Etats-Unis (8% des Américains l’auraient lu).

Reste bien entendu à définir qui, dans le lot humain, a une tête à s’appeler Atlas. Autrement dit qui, sur l’échelle de la méritocratie et du darwinisme social, sera susceptible de remporter le filet garni et qui jouera le rôle du « parasite » ayant échoué à développer la « vertu d’égoïsme ». Naturellement, les adeptes d’Ayn Rand se pensent du bon côté de l’élite. Quiconque a déjà parcouru des blogs ou des forums hébergeant des satanistes LaVeyiens a pu se faire sa petite idée :

DarkSatanicus666 : « je veu pratiqué le satanisme. Pouvé vous me conseillé des grimoires ? »

Melmothia : « Le Bescherelle ».

Je vous passe la suite qui prêtait à ma mère une profession qu’elle n’a jamais exercée, etc.

Concrètement, l’objectivisme a donné lieu à des prises de parti inconfortables, Ayn Rand se positionnant par exemple contre le racisme en tant que « forme de collectivisme », tout défendant le droit à la discrimination, chaque individu ayant le droit d’avoir ses propres critères, raciaux, sexistes ou autres. Par ailleurs, si les hommes et les femmes sont égaux par principe, les premiers le sont quand même un peu plus. La liberté, c’est bien, mais chacun doit quand même rester à sa place.

- Le révisionnisme pentagonal

Dans les traces d’Ayn Rand, LaVey va à son tour développer son programme social en 5 points, connus sous le nom de « révisionnisme pentagonal ». Ce projet, nettement plus interventionniste que l’utopie de Rand, sera développé par ses successeurs. Ci-dessous quelques extraits d’un texte publié sur le site officiel de la CoS. Son auteur, Peter H. Gilmore, commence par expliquer que les satanistes ne pratiquant ni crime rituel, ni viol d’enfant et payant leurs impôts, il n’y a pas de raison de s’inquiéter… Jusqu’au moment où les raisons de s’inquiéter reviennent en masse :

« Les satanistes perçoivent la structure sociale comme hiérarchisée ; ainsi chaque personne atteint un niveau correspondant au développement (ou au défaut de développement) de ses talents naturels. Le principe de la survie du plus fort doit être préconisé dans toutes les couches de la société (…). On assisterait alors à une réduction de la population mondiale, les faibles subissant les conséquences du darwinisme social. La nature a toujours procédé de la sorte pour purifier et renforcer ses enfants. (…) Les applications pratiques de cette doctrine impliqueraient la disparition complète du système d’aide sociale, ainsi que de l’aide internationale.

Les satanistes désirent par ailleurs améliorer la nature en préconisant l’adoption de pratiques eugénistes (…). C’est une pratique qui encourage les personnes talentueuses à se reproduire pour enrichir notre patrimoine génétique. Cette pratique a été couramment utilisée (…) jusqu’au moment où les excès du nazisme lui ont fait une mauvaise réputation. Les satanistes cherchent à accoupler les meilleurs avec les meilleurs, jusqu’au jour où nous pourrons enfin percer le code génétique et sélectionner les caractères de nos enfants à volonté. Les satanistes qui sont conscients de leur nature défectueuse s’abstiennent de se reproduire.

Les satanistes sont particulièrement dégoûtés par le nombre d’activités criminelles qui abondent de nos jours et prônent donc un retour à la Lex Talionis romaine ; que la punition soit apparentée et proportionnelle au crime commis. Pour cela, nous aimerions voir l’instauration d’une force d’élite policière composée d’hommes et de femmes au sommet de leur condition physique et mentale, entraînés … pour traiter avec la vermine qui fait de nos cités de véritables jungles bétonnées … Cela exclut l’incarcération d’individus dans des institutions aux frais des victimes pour une soi-disant réhabilitation. Non. Nous devons utiliser sciemment ces criminels à des fins plus utiles, comme nettoyer et réparer, dans des camps de travail, l’environnement pollué du fait de la négligence de la philosophie spirituelle chrétienne présentant l’homme comme supérieur aux autres créatures et lui donnant le droit divin d’en abuser à volonté » [3].

Peter Gilmore

À noter que la fameuse méritocratie prend un coup dans les gencives dès lors que la passation des pouvoirs dans la CoS se fait d’abord le sang (ses épouses successives et filles héritant du titre de grande prêtresse) puis par affinités, LaVey nommant ses amis proches aux postes importants.

2/ Le Livre de Lucifer

Cette deuxième section, divisée en douze sous-parties, contient le dogme satanique à proprement parler. On y trouve pêle-mêle une diatribe contre la magie blanche, une liste disparate de démons, la définition de la messe noire en tant que psychodrame, un manifeste pour la liberté sexuelle – à consommer avec modération – et quelques déclarations emphatiques : « Le Satanisme n’est pas une religion lumineuse ou obscure ; c’est simplement la religion de la chair gouvernée par Satan, la personnification du sentier de la main Gauche ».

LaVey commence par nous révéler que Dieu est une création humaine ou, au mieux, une force indifférente dont il faut se défaire pour devenir « son propre dieu ».

« Pour le Sataniste, ‘Dieu’ […] est considéré comme une simple puissance d’équilibre de la nature, et non comme quelqu’un se sentant concerné par la souffrance de l’humanité. Cette puissante force qui équilibre en permanence les flux de l’univers est beaucoup trop impersonnelle pour se soucier du bonheur ou de la misère des créatures faites de chaire et de sang vivant sur cette planète appelée ‘Terre’ […] Nous n’allons pas rester inertes et accepter le destin sans rien faire, simplement parce que tel ou tel chapitre ou Psaume nous demande de le faire, un point c’est tout ! Le Sataniste sait que prier tous les soirs devant sa couche, ne sert à rien – en fait, cela réduit les chances de succès, car le dévot religieux se laisse aller sans réagir et prie pour des désirs qui, s’il prenait simplement les choses en main, seraient accomplis sans aucun doute beaucoup plus vite ! »

Le dieu visé ici est celui du christianisme que la CoS semble avoir particulièrement dans le collimateur. Selon LaVey, l’offensive n’a pour finalité que d’ouvrir les yeux aux lecteurs sur le statut d’esclaves imposé aux individus par les religions, mais si Satan n’est qu’un symbole, pourquoi s’en prendre préférentiellement au judéo-christianisme ? La Bible Satanique ne fournit aucune réponse à cette question, par contre, dans les sections suivantes, LaVey prédit l’avènement d’un nouvel âge, celui du satanisme :

« Les temps ont changé. Les dirigeants religieux prétendent que nos actions naturelles sont des péchés. Mais la majorité d’entre nous ne pense plus que le sexe est ‘sale’ – ou que n’avoir confiance qu’en soi-même est réprimandable – ou que désirer quelque chose ou quelqu’un est ‘vicieux’. Bien sûr, les temps ont changé ! [...] si le monde a tellement changé, pourquoi continuer à supporter une foi moribonde ? Si la plupart des religions nient leurs écritures propres parce qu’elles sont trop vieilles, et prêchent des philosophies Satanistes, alors pourquoi n’appellent-ils pas cela par son nom légitime – le Satanisme ? »

S’ensuivent quelques conseils d’hygiène :

« Le satanisme représente la bonté dispensée à ceux qui la méritent au lieu de l’amour gaspillé pour des ingrats ! Vous ne pouvez aimer tout le monde ; il est ridicule de le croire… Ne tendez jamais l’autre joue à votre ennemi ! »

« Le Satanisme prône la liberté sexuelle, mais seulement dans le vrai sens du terme, c’est-à-dire qu’il appartient à chacun d’être ou non fidèle… Le Satanisme n’encourage nullement les orgies ni les adultères. Pour beaucoup, il serait anormal et préjudiciable d’être infidèle à l’élu de leur cœur, alors que pour d’autres, il serait frustrant d’être lié à une seule personne. Chaque personne est donc libre d’exercer n’importe quelle pratique sexuelle (sous condition de consentement mutuel, cela va de soi). »

N’y manque qu’une poignée de remarques éclairées sur l’augmentation indécente des impôts ou les satellites qui dérèglent le temps pour accéder au panthéon de la grande philosophie.

3 / Le Livre de Bélial

Dans les traces d’Aleister Crowley, La Bible Satanique définit la magie comme « la Science et l’Art de provoquer des Changements en conformité avec la Volonté, dans des situations où ces changements seraient irréalisables avec des moyens ordinaires ». Deux sections de La Bible satanique sont consacrées aux pratiques magiques. La première, « Le Livre de Bélial », contient trois recettes de sorcellerie, la seconde, « Le Livre de Léviathan », livre des clefs énochiennes directement piochées chez Crowley, mais que LaVey admet avoir révisées pour les rendre « sataniquement correctes. Ainsi le mot Iaida signifiant « le Très Haut », sera remplacé par « Saitan » et quelques « enfer » ou « infernal » pousseront par-ci par-là.

Prenons l’exemple de la première clef énochienne, la clef d’appel de la Lumière divine. Voici la version originale donnée par John Dee :

« Ol sonf vorsg, goho Iad balt, lansh calz vonpho : sobra z-ol ror i ta Nazpad Graa ta Malprg Ds hol-q Qaa nothoa zimz Od commah ta nobloh zien: Soba thil gnonp prge aldi Od vrbs oboleh grsam Casarm ohorela caba pir Od zonrensg cab erm Iadnah Pilah farzm zurza adna Ds gono Iadpil Ds hom Od toh Soba Ipam lu Ipamis Ds loholo vep zomd Poamal Od bogpa aai ta piap piamo-i od vaoan ZACARe c-a od ZAMRAM Odo cicle Qaa Zorge, Lap zirdo Noco MAD Hoath Iaida ».

Et la version phonétique livrée par Aleister Crowley suivant l’enseignement de la Golden Dawn :

« Ol sonuf vaoresaji, gohu IAD Balata, elanusaha caelazod: sobrazod-ol Roray i ta nazodapesad, Giraa ta maelpereji, das hoel-qo qaa notahoa zodimezod, od comemahe ta nobeloha zodien; soba tahil ginonupe pereje aladi, das vaurebes obolehe giresam. Causarem ohorela caba Pire: das zodonurenusagi cab: erem Iadanahe. Pilahe farezodem zodenurezoda adana gono Iadapiel das home-tohe: soba ipame lu ipamis: das sobolo vepe zodomeda poamal, od bogira aai ta piape Piamoel od Vaoan! Zodacare, eca, od zodameranu! odo cicale Qaa; zodoreje, lape zodiredo Noco Mada, Hoathahe I A I D A! »

Traduction française approximative :

« Je règne sur vous, dit le Dieu de Justice au pouvoir exalté au-dessus du Firmament du Courroux : Dans les mains Duquel Le Soleil est comme une épée Et la Lune comme un feu meurtrissant profondément : Qui ai mesuré Vos vêtements au sein de mes propres habits et qui vous ai rassemblés telles les paumes de mes mains : Dont j’ai orné le siège du feu De la réunion : Qui ai embelli Vos vêtements d’admiration : Auxquels j’ai créé une loi Pour gouverner les Saints : Qui vous ai remis Une verge avec l’Arche de la Connaissance. D’ailleurs Vous avez élevé Vos Voix et avez juré Obéissance et Foi envers Celui Qui Vit et Triomphe : Dont l’origine n’est point Pas plus que la fin ne peut être : Qui Brille telle une flamme au milieu de votre palais Et règne Parmi vous comme la balance De droiture et de vérité. Venez donc et apparaissez : Révélez les mystères de votre Création. Soyez amicaux envers moi Car je suis Le serviteur du même, votre Dieu, Le véritable adorateur du Très-Haut ».

Transformée par LaVey, cette Clé Enochienne devient « la proclamation initiale de Satan, déclarant le début des lois des théologies temporelles, ainsi que le pouvoir durable qui réside en elles, de manière suffisamment forte pour admettre les débuts et les absolus terrestres ».

Elle se prononce :

« Ol sonuf vaoresaji, gohu IAD Balata, elanusaha caelazod : sobrazod-ol Roray i ta nazodapesad, Giraa ta maelpereji, das hoel-qo qaa notahoa zodimezod, od comemahe ta nobeloha zodien ; soba tahil ginonupe pereje aladi, das vaurebes obolehe giresam. Casarem ohorela caba Pire : das zodonurenusagi cab : erem Iadanahe. Pilahe farezodem zodenurezoda adana gono zodomeda poamal, od bogira aai ta piape Piamoel od Vaoan ! Zodacare, eca, od zodameranu! Odo cicale Qaa; zodorejr, lape zodiredo Noco Mada, hoathahe Saitan! »

… Et signifie désormais :

« Je règne sur vous, dit le dieu de justice, en pouvoir exalté au-dessus et en dessous. Dans ses mains, le soleil est comme une épée et la Lune comme un feu pénétrant. Moi qui ai mesuré vos vêtements du sein de mes propres parures, et qui vous ai rassemblés comme les paumes de mes mains. Moi qui ai garni vos sièges du feu des moissons et qui ai embelli vos vêtements d’admiration. Je vous ai donné une loi pour gouverner les êtres saints. Et je vous ai livré des verges avec l’arche de connaissance. De plus si, vous avez élevé la voix et vous avez juré obéissance et foi à celui qui vit et qui triomphe, pour qui nul commencement n’existe, ni fin ne peut arriver. Il brille comme une flamme au milieu de votre palais, et règne parmi Vous comme la balance de rectitude et de vérité. Venez donc et apparaissez. Ouvrez les mystères de votre création. Soyez- moi amicaux, car je suis le serviteur du même, votre Dieu, le véritable adorateur de Satan ».

LaVey dira qu’à cette époque, les théories relatives à la magie n’étaient pas encore développées dans la CoS et que ces rituels n’avaient donc pour but que l’excitation émotionnelle et intellectuelle des adeptes. Outre les « rituels magiques », la CoS propose d’ailleurs ce que LaVey appelle des « cérémonies » qui n’ont pas de finalité magique, mais sont plutôt des « rituels » au sens sociologiquement strict du terme.

Après un éloge de la matière et de l’athéisme, nous voilà donc en pleine magie pratique, dérivée des inspirations mystiques de John Dee. Autrement dit, que l’on soit athée ou croyant, sceptique ou mage, il y en a pour tous les goûts dans l’idéologie de l’Église de Satan, ce que Ole Wolf, auteur d’un article critique sur la CoS, commente ainsi :

« Chacun peut trouver une ou deux idées séduisantes dans la Bible Satanique et ce, presque indépendamment de ses convictions personnelles, puisque le lecteur est encouragé à y prendre et y laisser ce qu’il désire. En fin de compte, le seul obstacle pour devenir un sataniste si l’on suit les exigences de l’Église de Satan réside dans la réticence potentielle du futur adepte à accepter l’étiquette ‘sataniste’ ».

Ou comme le dit Blanche Barton :

« La philosophie de l’Église de Satan n’est pas vraiment ésotérique et ne nécessite ni temps ni intenses cogitations pour être comprise. Mais c’est cette ombre menaçante, la silhouette majestueuse de Satan aux ailes de peau, fièrement dressée et rétro-éclairée par les flammes de l’enfer que les gens trouvent… inquiétante ».

Autrement dit : séduisante. L’élasticité des concepts est néanmoins agrémentée d’un piment particulier : faire croire au membre qu’il est un être supérieur. Car si chacun y pêche ce qu’il désire, il se trouve néanmoins certaines constantes caractéristiques de la « philosophique sataniste ». Pour commencer, la CoS utilise Satan comme un symbole de la nature humaine, foncièrement égoïste, pour prôner une philosophie à la Niezsche, à base de darwinisme social et d’individualisme. Ainsi que l’écrit le même Ole Wolf :

« Une partie de l’idéologie de l’Église de Satan s’adresse spécifiquement à des gens qui ressentent le besoin de renforcer leur ego, d’avoir le sentiment qu’ils sont plus importants que leur statut social ne le reflète. La Bible satanique fournit une injection d’endorphine à l’ego de ces personnes en leur assurant que les satanistes sont des gens intrinsèquement supérieurs. La littérature de la CoS, avec des textes comme The Black Flame, se boursoufle de relents racistes, fascistes et d’imagerie nazie, des thèmes récurrents chez ces personnes dont l’estime de soi est disproportionnée par rapport à leurs capacités réelles, physiques ou intellectuelles ».

Pour résoudre les contradictions évoquées, selon certains membres influents de la CoS affirment que La Bible Satanique serait truffée de « fausses pistes » ayant pour finalité d’égarer les lecteurs naïfs et ne pourrait en fait être comprise que d’une élite. Or, il y a classiquement deux interprétations de l’athéisme affiché de LaVey, celle consistant à le croire sur parole et celle voulant que les membres de la CoS aient été des « satanistes théistes » en privé. Reste donc à savoir s’il faut situer ces chausse-trappes du côté du matérialisme agressif ou de l’occultisme, et surtout déterminer si les vraies pistes mènent finalement quelque part… Peggy Nadramia, de son côté, conseille pour résoudre la contradiction d’emprunter une « troisième voie » qui serait, selon elle, l’essence du satanisme. Mais quid de cette voie ? Une façon de magie mystique athée individualiste politique et sans complexe ? Le mystère reste entier.

Par ailleurs, il semblerait que la grande et belle liberté d’interprétation s’arrête aux pieds du Concile des Neuf. Ole Wolf commente :

« Seul le noyau central de la CoS est autorisé à fournir une interprétation « véritable » des écrits ambigus d’Anton LaVey. Toute autre personne se risquant à effectuer des déclarations doctrinaires sur le sens de ces textes court le risque d’être considéré comme « un hérétique falsifiant le Satanisme – aussi ironique que puisse être ce qualificatif pour des personnes se réclamant de Satan ! – et induisant les adeptes en erreur ». Le même rapporte avoir été excommunié de l’Église par Blanche Barton en ces termes : « Je ne pense pas que vous ayez jamais eu beaucoup d’admiration ni de confiance en moi, et vous vous êtes également montrés de plus en plus critique envers les idées de notre fondateur. Vous avez fait de votre mieux pour attiser les conflits dans le but de créer des malentendus sur qui nous sommes et sur ce que préconise le satanisme, malgré nos tentatives pour vous guider, vous encourager et vous informer » (Excommunication letter to Ole Wolf from Blanche Barton, September 18, 2000)

En 2009, The Satanic Bible, traduite en plusieurs langues, s’était vendue à 750 000 exemplaires. Elle sera suivie en 1971 par The Compleat Witches, puis en 1973 par The Satanic Rituals.

Melmothia, 2011.

Notes :

[1] Voir à ce sujet : Smith, George C. « The Hidden Source of the Satanic Philosophy », In The Scroll of Set, 1987 & Nemo, « Satanism and Objectivism », In The Black Flame, Volume 6, #1 & 2, 1997.

[2] Cité par John Smulo dans « Hypocrisy, Plagiarism and LaVey », 2001 (disponible en ligne).

[3] Le site de la CoS propose une traduction française de ce texte sous le titre « Le satanisme : la religion qui est crainte », mais celle-ci étant par endroit très approximative, j’ai effectué ma propre traduction. Les coupes sont indiquées par des points de suspension.

10 Commentaires »

  • Dryustan Artosa Novalis Byron dit :

    Rah. Difficile pour moi de devoir corroborer dans la mesure où je fus influencé par le satanisme dans ma prime jeunesse. Et force m’est d’avouer que cette influence n’a jamais totalement disparu. Ainsi, ASL n’était qu’un mythomane de premier ordre. J’ai toujours voulu n’y voir qu’un sympathique fantaisiste prônant le décalage comme mode de vie, avec un goût prononcé pour la mode gothique et les blondes un peu nunuches. Mais les nombreuses contradictions relevées dans cet article auront déjà été notées par l’observateur (pour ne pas dire le sataniste) attentif. Quant à ce que LaVey pensait vraiment, je n’en ai strictement aucune idée, vu qu’il mélangeait le vrai et le faux avec une science toute personnelle.
    Alors, ok, il n’a rien inventé, mais je trouve néanmoins que quelque chose d’intéressant ressort de ce syncrétisme d’idées sulfureuses, et, si l’extrémisme n’est jamais loin, l’article souligne à raison que le sataniste trouvera un peu ce qu’il veut dans les textes de la CoS, le résultat chez l’homme ou la femme soumis(e) à son influence est à mon sens imputable aux tendances naturellement présente chez celui ou celle-ci. D’autres juges que moi aviseront sur le bien-fondé de ces tendances.
    Ainsi, si le sataniste affiche une certaine propension à pêter plus haut que son cul, ce que je confirme pour être moi-même atteint de ce vice (j’essaie de me soigner…), l’idée de placer sa fierté dans son « ego » plutôt que dans son statut social ne me paraît pas si mauvaise et l’envie de renforcer cet ego peut aussi se faire ressentir avec le besoin de se redresser devant d’autres egos prédateurs et pas forcément mieux intentionnés. Que cette fierté soit mal placée ou non relève une fois encore du jugement d’autres observateurs… Ayant expérimenté cette suffisance propre au sataniste pratiquant et convaincu, j’ai pu me laisser aller à une arrogance difficilement excusable que l’on m’a fait payer, mais celle-ci n’était parfois qu’un mécanisme de défense face à des arrogances plus agressives que la mienne. Comme un couteau, qui peut servir à préparer un plat, ou à blesser. Et l’on se blesse soi-même en l’utilisant mal.
    Que le satanisme affiche une inclination au fascisme ou au racisme est une dérive de cet élitisme artificiel décrit par Ole Wolf, polluée de surcroît par des préjugés et des affinités exécrables, mais LaVey a précisé dans son introduction que l’ethnie ou la couleur de peau ne déterminaient en aucun cas un motif d’exclusion. Quant à savoir ce qu’il en est à l’intérieur de la CoS même et parmi ses sympathisants est une autre histoire.
    La satanisme touche en effet à l’objectivisme d’Ayn Rand et à l’individualisme, « philosophies » qui trouvent vite leurs limites. Le satanisme est une relecture un peu simplette de Nietzsche, c’est vrai. Peter Gilmore est un bouffon.
    Le satanisme LaVeyen, vaste fumisterie ? Il semble bien.
    Mais c’était marrant un moment.

  • Melmothia dit :

    Tout à fait d’accord. J’ai moi-même donné dans la mouvance sataniste il y a quelques années, mais plutôt du côté théiste que LaVeyien & j’ai également été gothique pendant vingt ans. Et donc : vive la famille Addams, l’hémoglobine de synthèse et les pentagrammes inversés ! L’Eglise de Satan est Rock’n'roll au possible, le problème est qu’elle véhicule des idées franchement simplistes, que le darwinisme social me donne la nausée (ou me fait rire, c’est selon) et que je hais les dérives fascisantes. J’aime l’image du Gump, filée par Aquino. Je la trouve à la fois sympathique, critique et drôle. Le Gump me donne d’abord envie de grimper dessus pour zigzaguer dans les airs et puis, réflexion faite, je me rappelle que c’est juste un vieux bout de canapé et une tête d’elfe. Alors oui pour la nostalgie, le délicat goût de soufre et l’originalité de la démarche. Non à ce qui a suivi, idées et crânes rasés de Gilmore et consorts. Et puis, si l’on juge l’arbre à ses fruits, la CoS n’en sort pas radieuse. Aux satanistes LaVeyiens contemporains, je reproche surtout un manque terrifiant de créativité et de culture, les mêmes poncifs et les mêmes références mécomprises depuis quarante ans, ça fait un peu réchauffé.

  • Dryustan Artosa Novalis Byron dit :

    J’avoue. Les blogs d’ados boutonneux en mal de rébellion facile qui affichent des trucs du genre « je fé parti de l’élitte sataniste et sui superieur vs tous » abondent sur le net. Et parfois, il ne s’agit pas d’ados. Ils partagent apparemment le même mépris pour les autres que pour l’orthographe. LaVey était pour moi un vieux bonhomme bien marrant, Gilmore l’est beaucoup moins. Un peu comme si Lepen avait pris la direction du club Dorothée…
    Quant à moi, j’essaie de devenir moins con. Ça demande beaucoup d’efforts.

  • artemus dada dit :

    Merci pour ces deux articles, très intéressant.

  • Didier dit :

    Tes articles sont vraiment des merveilles de synthèse. Le genre de trucs que j’ai envie de mettre en favori pour ne pas avoir à retenir ce qu’il y a dedans.

    Car, au-delà de ceux qui s’en réclament, il y a aussi le club de ceux qui savent de quoi ils parlent même s’ils n’en sont pas (ou presque). On y trouve celui qui a fait son mémoire de master sur le satanisme, le cultivé fascisant et autres Christian Bouchet.

    D’expérience, ces lectures servent surtout à déterminer qui s’y connaît le mieux, c’est-à-dire qu’elles fondent leur utilité en elles-mêmes – lire LaVey sert à s’y connaître en LaVey -, ce qui est la meilleure définition qui soit de la culture. Face à de tels maniaques, je n’étais jamais assez connaisseur.

    La culture, c’est un truc sans fin. Après avoir lu LaVey, il faut lire Crowley, et puis Evola, et puis… Et comme ça ne sert à rien, j’ai quand même vraiment l’impression de perdre mon temps.

  • Melmothia dit :

    A quoi sert la culture ? Eh bien, tout est dans le nom : à faire pousser des trucs. Mais dans le domaine de l’ésotérisme, ça sert surtout à éviter de finir les deux pattes dans le pot de glue. Autrement dit à ne pas se faire avaler par les beaux concepts creux, par le miroir aux alouettes des Traditions Primordiales avec de vrais morceaux de transcendance dedans et à ne pas se faire enc. par ceux qui te vendent de vraies runes égyptiennes bénies par le gourou. Ça sert à gratter le vernis, tout en espérant qu’après avoir consciencieusement épluché l’oignon, il reste encore quelque chose.

    Pourquoi LaVey ? Eh bien parce que j’écris un livre sur la magie inspirée de Lovecraft et que ces articles vont me servir de brouillon pour mon chapitre 4 :-) . Ensuite, j’en ai marre de lire que les « satanistes tuent des bébés » (faux et surtout pas les LaVeyiens) ou à rebours que « les satanistes LaVeyiens sont des gens très gentils » parce que non, un darwiniste social, c’est pas très gentil. En réalité, que LaVey se soit rasé le crâne le jour de la fondation de son Eglise ou six mois plus tôt, je m’en tape. Ce genre d’information est totalement secondaire. Par contre que la philosophie de LaVey soit basée sur celle d’Ayn Rand et que sa ‘Révolte d’Atlas’ soit le livre le plus lu après la Bible aux Etats-Unis, là ça me donne envie de réfléchir. C’est l’histoire des idées qui m’intéresse, parce qu’elles nous façonnent, plus encore dans l’ésotérisme et la magie, domaines où la confusion règne en maître. Alors j’essaie de déblayer et parfois, je monte au créneau. Et puis ça occupe quand il n’y a rien à la télé. D’ailleurs, comme mon mec a enregistré Mega Shark Versus Crocosaurus et que je l’ai déjà vu trois fois, je crois que je vais attaquer l’écriture de la troisième partie de l’histoire de la CoS ce soir. Il te reste encore de la place dans tes signets ?

    J’ai beaucoup aimé la biographie d’Aleister Crowley par Bouchet, mais politiquement nous ne sommes pas du même bord ^^. Je lui laisse donc ses délires sur le néo-paganisme aryen.

  • Didier dit :

    Oui je suis d’accord. C’est utile d’avoir des repères. C’est l’exigence d’exhaustivité qui m’épuise. Tout marxiste entraîné sait présenter les contradictions chez Marx comme de la dialectique. Et il ne se prive jamais de présenter ces contradictions non comme une faiblesse chez Marx, mais comme une faiblesse chez moi qui n’ait pas relevé le texte où il dit le contraire.

    J’essaie de distinguer entre la base culturelle et les enseignements « vrais », en ne prenant pas la première pour les seconds.

    (Et qui peut dire de quel bord est vraiment Christian Bouchet ?)

  • Melmothia dit :

    >>> Et qui peut dire de quel bord est vraiment Christian Bouchet ?
    Sans doute Christian Bouchet lui-même qui ne s’est d’ailleurs jamais privé de le dire. Et tu exagères, je suis loin de prétendre à l’exhaustivité et je ne crois pas faire dans le pavé érudit. Si ? … Zut, alors.

  • Stéphane dit :

    Juste un mot pour dire que d’ici quelques mois sera publié le livre d’un ami (je l’ai lu puisque c’est moi qui l’ai corrigé, héhé) intitulé « Philosopher avec Satan » et qui est une exégèse très documentée et érudite de la Cos. Par Cédric Monget (déjà auteur d’un bouquin sur Lovecraft), qui dirige(ait) le site Schizodoxe :)

  • Melmothia dit :

    Merci pour l’info, très bonne nouvelle. Je vais suivre ça de près :-)

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