L’invention du single

Cette légende circule encore aux soirs de veillées, lorsque le crépuscule descend sur la plage. Alors qu’on régurgite son mélange Malibu-vodka-orange dans un coin de flots, elle reprend vie, comme éternelle, sous les doigts d’un troubadour à qui on a crié l’instant d’avant « Non, pas Jeux interdits ! » Les anciens la connaissent par cœur, les jeunes la fredonnent, cette histoire de l’homme qui s’offusquait qu’on veuille mutiler sa chevelure ou alors dans vingt ans. Oh yeah.

L’auteur de cette complainte, de son vrai nom Pierre-Antoine Muraccioli, connaît en 1966 une carrière foudroyante, mais éphémère. Tout le contraire donc de St-Antoine le Grand qui endurera de longues années de galère avant d’entrer au top 50 du Vatican. Leur seul point commun à vrai dire, leur prénom mis à part, est qu’ils refusaient tous deux de se couper les cheveux.

Sinon, rien d’autre.

La gloire n’est pas toujours une maîtresse ingrate. Contrairement à son homonyme, Antoine le Grand ne terminera pas sa carrière en vantant les mérites d’un opticien, de nos jours il est encore dans le hit-parade catho des meilleures ventes de singles, ce qui est un minimum pour l’inventeur de l’érémitisme. « Seul dans le désert » sera son premier album concept produit par Divinyl, mais la diffusion restera confidentielle.

De toute façon l’argent ne l’intéresse pas. Antoine préfère rester pour ainsi dire underground. Il s’installe dans un petit coin tranquille près de Qéman et fait des arpèges, en repoussant avec horreur les propositions de son voisin du dessous – Eh ! Y’a une nouvelle barmaid au Lucifer, elle est trop booonne ! Tu viens t’en jeter une avec moi ?… T’en veux ? Dis, t’en veux ?…

Le voisin se fait tellement insistant qu’Antoine finit par déménager. En 312 il s’en va en Thébaïde, sur le mont Qolzum où entre deux solos, il prodigue des conseils aux débutants – cool, les mecs, cool…

Malgré sa timidité et son refus de jouer dans un groupe, son art n’est pas passé inaperçu, bientôt il fondera la première école de rock n’roll du Moyen Âge sur les bords du Nil, à Pispir. La consécration est proche.

Oh yeah.

L’invention du single. Melmothia, 2007.

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