A midi, pommes bleues
Par Melmothia
Si un best-seller à la qualité douteuse a relancé ces dernières années l’intérêt pour la vie sexuelle de Jésus, l’origine des théories qui y sont filées est en réalité plutôt mal connue du grand public. Pour combler cette lacune, il faut aller faire un tour dans le Languedoc quelque part entre Carcassonne et Perpignan. Durant longtemps, la région a été visitée pour ses châteaux cathares, mais depuis les années soixante, on y va pour chercher le trésor de l’abbé…
*décide de prendre les choses en main, déroule un parchemin et sort une mandoline *
Il était une fois un brave curé royaliste, mais pas très fortuné. Aîné d’une famille de sept enfants, Béranger Saunière entre au Grand Séminaire de Narbonne à l’âge 22 ans et en ressort tonsuré cinq ans plus tard.
Après avoir fait ses armes quelque temps dans quelques paroisses des environs, il se voit attribuer en 1885 l’église de Rennes-le-Château, un triste héritage en vérité puisque l’édifice prend l’eau par le toit et les araignées par les flancs. L’histoire dit que le presbytère est tellement confortable que le prêtre est contraint de s’en aller loger chez l’habitant.
Si l’Abbé Saunière a les poches vides, par contre il a une grande gueule qu’il ramène juste ce qu’il faut lors des élections municipales pour attirer les foudres de ses supérieurs. Sa propagande royaliste lui vaut une mise à pieds en même temps que la sympathie d’une noble du coin. Et pas n’importe quel noble, la veuve du dernier descendant des Bourbons, la Comtesse de Chambord. Lorsque six mois plus tard, Saunière réintègre ses fonctions, elle lui fait cadeau d’une somme suffisante pour boucher les trous de l’église et chasser les araignées.
Au début de l’année 1887, les travaux de réfection commencent. Entre temps, le prêtre s’est installé comme il pouvait au presbytère a et pris pour servante une jeune fille de la région, Marie Denarnaud.
Avec l’aide de quelques ouvriers du village, il démonte l’autel, une dalle insérée dans le mur, soutenue par deux piliers, dont l’un se révèle être creux. Traditionnellement ce type d’excavation sert à déposer des reliques, mais si l’on en croit la légende, ce sont des parchemins que le prêtre exhume.
Quelques années plus tard Saunière utilisera ce pilier comme socle d’une statue de la vierge… mais en le retournant.

Image extraite du site esonews.com.
Le nouvel autel en place, c’est au tour de la chaire, très abîmée, d’être démontée (c’est connu : la chaire est faible). Un ouvrier en déplaçant une colonne, a la surprise de voir une fiole rouler à ses pieds et se briser.
À l’intérieur se trouve un nouveau parchemin, raconte l’histoire ou la légende.
Et la chasse aux œufs de Pâques continue… Pas plus tard que le lendemain, Saunière demande à deux ouvriers de déplacer la dalle aux pieds de l’autel. Nouvelle découverte, en retournant la pierre, apparaît un sympathique relief. Baptisée de nos jours « dalles des chevaliers », la stèle est vraisemblablement datée du dernier tiers du VIIIe siècle :

Image extraite du site Rennes-le-Château.tv.
Sous cette dalle, des témoins diront avoir aperçu « une oule remplie d’objets brillants ». Dans les semaines qui suivent, Saunière va brasser beaucoup d’air et des pelletées de terre. Il dirige les travaux de réfection de l’église, met le cimetière sens dessus dessous, déplace des stèles, en efface d’autres… Un comportement pour le moins étrange, qui déclenche la colère des administrés agacés qu’on dérange ainsi leurs morts.
Est-ce qu’il ne chercherait pas quelque chose ?
Quatre ans plus tard, les travaux reprennent, cette fois toute l’église est restaurée. Saunière finance un nouveau fronton, un nouveau chemin de croix, un confessionnal de chêne sculpté et un bénitier qui a dû occasionner quelques crises cardiaques chez les grenouilles puisqu’un diable grimaçant soutient la vasque, elle-même rehaussée de quatre anges faisant le signe de croix.
La réfection complète de l’église n’est que le début d’une longue liste de dépenses, toutes libellées au nom de Marie Denarnaud… En 1900 commence la construction de ce qui deviendra le domaine de Saunière: une demeure en pierre de taille (la maison Béthanie), un Bélvédère construit sur l’ancien mur d’enceinte du village et flanqué de deux tours aux extrémités : la tour de l’Orangeraie et la tour Magdala, cette dernière lui servant de bibliothèque.

La tour de l’Orangeraie. Image extraite du site Rennes-le-château.org

La tour Magdala. Image extraite du site des Éditions de l’œil du Sphinx.
De là, Saunière va mener la belle vie, mangeant dans de la vaisselle en porcelaine et invitant des VIP à sa table. Ses dépenses arrivent aux oreilles de ses supérieurs hiérarchiques qui vont lui demander le détail de ses comptes. On l’accuse de trafic de messes et il est condamné à une suspense a divinis d’un mois. Les ennuis juridiques s’enchaînent désormais jusqu’au retrait de ses fonctions sacerdotales en décembre 1911.
Mais sur l’origine de sa fortune, Saunière ne dira jamais rien. En 1917, il décède d’une crise cardiaque, disparaissant, sans livrer son secret. Sa fidèle servante Marie fera de même. Une double pierre tombale se referme donc sur le mystère…
Jusque dans les années 60 où un écrivain du nom de Gérard de Sède va claironner sa version aux oreilles du monde dans un ouvrage L’or de Rennes. Depuis les hypothèses et les livres se multiplient. Rennes le château est devenu le rendez-vous de tous les cinglés de la planète, chercheurs d’or ou de Graal, sans oublier ceux qui attendent les martiens… Ah, parce que j’ai oublié de vous dire : si tout le monde est persuadé qu’il y a bien un trésor à Rennes, personne ne sait vraiment de quoi il s’agit.
Melmothia 2007
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2 Commentaires »
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Je donne plus de précisions sur le blog indiqué :
http://baron-de-synclair.blogspot.com/
Bonjour,
Cet article n’est, bien entendu, qu’une présentation très rapide pour ceux qui ne connaîtraient pas cette fameuse histoire. Merci pour le lien.