Une main aux fesses pour l’éternité

Par Yureru

Un couple se tient la main, tout en virevoltant dans les neiges éternelles du Cervin, l’autre main (celle libérée par le compagnon ou par la compagne) brandit fièrement un bâton de pèlerin, et pour cause leur voyage de noces est une marche de 6000 kilomètres qui a comme point de départ notre Dame de Paris pour arriver à Jérusalem. Bref voilà un parcours fléché à peine connoté. Côté subsistance, ils comptent uniquement sur la générosité des personnes rencontrées.

paris_jerusalemLeur marche pour forger leur couple s’inscrit donc dans une longue tradition, bâtons de pèlerin vissés aux poings. Arrêtons-nous sur ces bâtons de noyer multi-fonctionnel : ils servent à tendre la toile du tipi de fortune quand ils ne se voient pas proposer d’hébergement, à rentrer en contact avec les personnes croisées en chemin : du « Euh ? c’est quoi ce bâton là ! » (début d’une grande amitié) à un hypothétique « ils pourraient même se transformer en armes dissuasives » dixit notre pèlerin dont l’article précise qu’il est un amateur de Krav maga une méthode de self-défense israélienne…

Alors comment ce couple du 21 eme siècle évalue-t-il la portée de son expérience, notre pèlerine : « Ce n’est pas évidemment pas comparable, mais on s’approche de ce que doit ressentir un SDF en entendant les couverts s’entrechoquer à la terrasse d’un restaurant.» Bon pas de trace dans le reste du texte d’une réaction d’un SDF à ce propos, sans doute trop occupé à attendre des morceaux tombés de ces mêmes tables.

Notre pèlerin, quant à lui, celui qui marche pour l’unité de tous les Chrétiens, craint de fouler les terres musulmanes : « je redoute juste quelques pays arabes, Je voyage avec une femme. En l’occurrence la mienne. J’ai déjà vu dans le souk de Kaboul des filles se prendre des mains aux fesses. C’est aussi pour ça que je me laisse pousser la barbe. La-bas, le barbu est considéré comme un sage. On le respecte. » Alors à savoir si, sur ses conseils, sa femme est en train de se faire pousser les poils du menton ou si elle aura plus de chance en traversant un Kibboutz…

Pour finir, citons la prose du journaliste à qui nous devons cette hagiographie : « Habités par une force intérieure quasi spirituelle et touchés par un grain de folie qui n’appartient qu’à eux, ils ne réfutent pas l’épithète. « L’illuminé est un peu fêlé puisqu’il laisse passer la lumière », remarque Edouard. Alors, j’ai envie de crier : bienheureux les fêlés. »

Moi, personnellement, je suis sans voix et assez contente de ne pas avoir une toiture qui laisse passer la lumière, aussi divine soit-elle.

Yureru, 2007.

[ La source : article « Sur la route de Jérusalem » paru dans le numéro 02533 de Paris Match]

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