La Chaos Magic

La Chaos Magic 2Ma première rencontre avec la Chaos Magic a eu lieu lorsqu’un pote à qui je proposais d’invoquer l’égrégore de Freddy Krueger, m’a dit : « Tu parles comme une chaosienne ». Vérification faite, mon positionnement était confondant de similitude avec ce que j’ignorais encore être une voie à part entière et on ne dit pas chaosienne, mais chaote.

La Chaos Magic (ou Free Style Magic) est la fille bâtarde de la doctrine d’Aleister Crowley à qui elle reproche de s’être empêtré les pieds dans le tapis dès lors qu’il a érigé son propre système en dogme. Car là où Crowley libère la magie comme Hugo a libéré le vers, en s’opposant aux aînés et en poussant un peu les murs avant de s’aménager à son tour un coin de foyer douillet, la Chaos rasera la maison.

« Le principal focus de la Chaos Magick est l’absence de focus. En d’autres mots , la principale croyance des chaoticiens est que RIEN N’EST VRAI. (…) Puisqu’aucun système n’est absolu, ou ne détient LA vérité, nous pouvons tous les utiliser », nous dit Dead Jellyfish [1]

eso_chaote01Si rien n’est vrai, par contre tout est recyclable. Une fois les principes de la magie (visualisation, foi, état second, etc.) définis, les praticiens de la Chaos choisissent de garder la pulpe et de jeter l’écorce :  « La Chaos Magick se concentre sur la technique. Sous-jacente à tous les systèmes, de la Sorcellerie à la magie tibétaine, on trouve une unité fondamentale d’approches pratiques que le magicien ouvert d’esprit peut utiliser ; ces techniques incluent la visualisation, la création de formes pensées, les états de conscience altérés grâce à des méditations soit « passives » soit extatiques. L’approche éclectique de la Chaos Magick implique que la croyance elle-même peut être considérée comme un moyen pour atteindre ses buts (et non une fin en soi). Une implication plus profonde de ce principe de relativité des croyances est que toutes les croyances sont considérées comme arbitraires et aliénantes » [2].

La foi est un outil. Les croyances sont des kleenex, des égrégores dont le mage va user à volonté avant de s’en débarrasser pour passer à autre chose. Les cieux instrumentalisés, voilà le dernier pas qui demandait à être franchi.

À chacun ensuite de se débrouiller avec sa non-vérité. Car au-delà de l’ivresse que procure ce « tout est possible », une autre tentation se profile, le nihilisme, qui se dessine pour ainsi dire par appel d’air derrière ce mouvement sans idéologie ainsi que la perspective capitaliste de la foi vendue au rendement et à l’efficacité.  À la tyrannie du dogme, la Chaos risque sans cesse de substituer la tyrannie de la non-foi, position tout aussi figée et confortable que l’adhésion au dogme, il est dans la nature humaine d’affectionner la désillusion et très à la mode de prendre la pose de l’athée à qui on n’la fait pas. Il peut faire froid dans le Chaos.

Cependant la doctrine est très loin d’être unifiée sur ce point et c’est heureux. On y rencontre des nihilistes et des théistes, des kantiens comme moi qui pensent que la transcendance est inconnaissable, alors continuons à jouer dans le bac à sable, mes frères, avec nos allumettes. L’incendie ne sera pas cosmique. On peut aussi y penser que toute croyance est la facette d’un prisme, une façon d’aborder la divinité depuis un petit bout de lorgnette et faire un puissant mouvement de la glotte pour avaler les contradictions.

En attendant, la Chaos donne le vertige – salutaire ou non. À ses membres et aux mouvements concurrents. On lui reproche de donner dans le relativisme post-moderne, reproche infondé me semble-t-il puisque la Chaos, si elle ricane des tiroirs, ne réfute pas le réel. Et s’il est vrai qu’à l’extrême l’adepte peut se prendre pour le Neo de Matrix, c’est sans doute qu’il a sauté un paradigme de trop. On peut également lui reprocher de disséquer le bébé pour comprendre le bébé, mais la science a été la première à le faire.

Ainsi que l’écrit Spartakus FreeMann : « Il est risible de lire & d’entendre les jappements de ces «petits chiots» cherchant une base connue et rassurante dans la Chaos. « Maître, qu’est-ce que la Chaos ? », « Maître, quels sont ses buts et ses finalités ? », « Maître, dis-nous comment faire, dis-nous qu’y voir ? ». Ah les bons copieurs que voilà, car en terrain inconnu & incompréhensible, ils veulent encore des marques, des ordres, des lignes de conduite, des manuels qui leur disent ce qu’ils doivent penser » [3]. Or pratiquer la Chaos Magic, c’est très précisément sauter dans le vide .

Concrètement, la Chaos s’appuie sur une poignée de principes bien connus dans le domaine (en cela, et seulement en cela, elle réinvente l’eau tiède) :

La gnose : Ce terme désigne l’état second dans lequel les adeptes doivent se plonger pour réussir le rituel : « La Gnose est la clé des capacités magiques – l’accession à un état intense de conscience connu dans de nombreuses traditions comme le Non Esprit, le Point Unique ou le Satori. La conscience est vidée de toute information excepté l’objet/sujet de la concentration. Les méthodes pour atteindre la Gnose peuvent aller de la danse frénétique à la contemplation extatique d’une idée. Quelle que soit la méthode choisie, le pratiquant continue jusqu’à atteindre l’Extase » [4].

Le saut de paradigme : C’est le concept majeur de la Chaos basé sur l’idée que la croyance est à la base de la puissance magique. Elle servira donc d’outil de base. Lorsqu’un adepte se colle à un rituel, il va adhérer aux dogmes du système correspondant le temps d’arriver à ses fins. Il peut également croiser des systèmes, en inventer… La créativité n’a pas de limite, des techniques peuvent être imaginées ou tirées de domaines totalement étrangers à la magie. Cela importe peu du moment que ça fonctionne.

La sigilisation: Traditionnellement la paternité de la Chaos Magick est attribuée à Austin Osman Spare grâce à son travail sur les sigils, même si le terme n’apparaît qu’en 1978 dans le Liber Null de Peter Carroll l’un des fondateurs de la Chaos. Je ne m’attarderai ni sur le personnage ni sur son œuvre puisque je n’y comprends absolument rien. Voilà, c’est dit. Concernant la sigilisation, elle consiste à créer des sceaux magiques exprimant la volonté de l’adepte; par exemple une phrase dont les lettres en alphabet magique seront combinées entre elles, les doublets éliminés, le résultat gravé sur une plaque. Le sigil réalisé peut prendre différentes formes, mantra, fétiche, pentacle, etc.

En conclusion, je vous livre cette phrase de Spartakus FreeMann : « Définir une chose et la nommer est prendre pouvoir sur cette chose disaient les antiques Égyptiens, et c’est toujours vrai. Chercher à définir la Chaos c’est en quelque sorte chercher à prendre du pouvoir sur son essence, et il faut sans doute voir dans cette soif d’explications une volonté candide et vulgaire de s’approprier à moindre coût un pouvoir, une connaissance facile et inutile d’un courant qui dépasse en fait ses « a théoriciens » – Hine, Carroll, Bey… – et des pratiquants les plus connus – Max, Kalkinath, Frater UD, … – et tous les textes que vous pourrez lire à son sujet. Alors, face à notre propre impossibilité de poser des buts autres que personnels et incapable de définir correctement le courant de la Magick du Chaos, je ne puis que conclure : Et si la Chaos osait vouloir, uniquement vouloir nous forcer à dépasser nos limites et nous déconstruire, nous déconditionner des anciennes pratiques sans les rejeter ? ou mieux: Et si la Chaos n’existait que pour vous faire chier ? » [5].

Melmothia 2007

[1] Chaos Magick, un essai de définition, par Dead Jellyfish, Traduction : Amorgen Dubhart. Extrait du site Esoterika.

[2] La Magie du Chaos, Peter Carroll. Extrait du site KAosphOruS.

[3] Extrait de La chaos magick est-elle soluble dans l’initiatique ?

[4] Gnose, extrait d’Apikorsus par L.O.O.N.

[5] La chaos magick est-elle soluble dans l’initiatique ?

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *