Initiation à la Voyance
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« Le dieu dont l’oracle est à Delphes ne parle point, ne cache point, mais il donne des indices »
Héraclite
Introduction
Il y a plusieurs années, j’ai écrit un ouvrage (cliquer ici pour voir le livre) dont le but était de livrer une méthode d’initiation à la voyance accessible à tous. Victime du syndrome « je tourne la page », je n’ai pas jusqu’à présent trouvé l’occasion de décrire cette méthode sur le net. Aujourd’hui, je vous propose de l’essayer.
J’en ai donc effectué un résumé, auquel j’ai ajouté la possibilité de tirer aléatoirement des cartes dessinées par une peintre : l’Oracle Ukeo. Les illustrations en sont suffisamment riches en couleurs et en détail pour permettre cette approche que j’aimerais vous communiquer et que l’on peut qualifier de « projective ». Vous ne trouverez donc aucune indication de sens sous les lames ; ce sera à vous d’opérer grâce à la méthode décrite ci-dessous.
Si vous acceptez de jouer le jeu, vous serez sans doute étonnés de vos résultats – mais pour cela, il ne suffit pas de lire cet article en hochant la tête et en faisant « ouais-ouais », il faut expérimenter activement par vous-même.
Pourquoi cette méthode ?
Les personnes désireuses de s’initier à la voyance commencent généralement par acheter un manuel de type « lire les cartes en trente leçons » où elles apprennent qu’elles vont devoir consacrer quelques mois – ou années, de leur vie à apprendre par cœur des combinatoires. Cette approche finira par être payante, mais ce n’est ni la plus rapide ni la plus efficace. C’est pourtant souvent la plus séductrice, car elle donne une impression de compétence et de rigueur ; il est en même pour trouver qu’un art basé sur le tirage de cartes, figures ou runes au hasard, a des allures « mathématiques » ou scientifiques.
A contrario, je vous propose d’oublier tout ce que vous avez lu et surtout appris par coeur. Car pour pratiquer la voyance, seuls deux ingrédients sont nécessaires :
- La foi ou confiance en soi.
C’est le plus difficile à acquérir pour un débutant qui démarre généralement au stade du « je ne sais le faire » ou « c’est impossible » ; il n’y a pas de solution miracle si ce n’est respirer un grand coup, suspendre son incrédulité et se « lâcher » le temps du tirage de cartes. Une fois que l’on a constaté vos réussites, la confiance n’est plus un problème.
- Un support projectif.
Le rôle du support est principalement de permettre un dialogue favorisant l’extériorisation des ressentis.
Si vous voulez travailler avec cette méthode, préférez les jeux de cartes offrant des illustrations riches en détail, ou carrément abstraites, c’est-à-dire des images permettant des interprétations multiples. Évitez celles dont le sens est trop littéral (autrement dit le gros cœur transpercé d’une flèche avec noté « amour » au bas de la carte… )
Le matériel
La méthode que je vous propose ne nécessite qu’un matériel très simple : un tarot ou un oracle dont vous ne connaissez pas les significations. Si vous n’en avez pas sous la main, alors découpez une vingtaine d’images dans des magazines et jetez-les dans un sac pour les piocher. Une autre alternative est l’Oracle Ukéo que grâce à une peintre, j’ai pu mettre en ligne sur ce site. En cliquant, vous tirerez aléatoirement une carte, mais aucune interprétation ne vous sera livrée. Un grand nombre de sites sur le net font déjà ça très bien, proposer des tirages où telle lame signifie que vous allez changer de voiture, avoir un enfant ou une maladie grave. Or, l’approche de type « distributeur automatique » qui marie telle sentence à une carte ou un tirage livre des pronostics généralement faux, car trop caricaturaux. Le vécu humain n’est pas mathématique. Avec l’Oracle proposé ici, vous serez donc obligé soit d’appliquer la méthode que je vous propose, soit de déguster ces cartes pour le plaisir des yeux.
La méthode
1 / Mélangez les cartes en pensant à une question.
Évitez les questions stupides et celles commençant par « quand ». Privilégiez les questions ouvertes ; la voyance répond rarement par « oui » ou par « non, plutôt par « oui, mais… » ou « non, si l’on considère que… ». Si vous débutez, évitez également les questions trop personnelles, car il est difficile d’interpréter pour soi-même sans sombrer dans le tout-subjectif.
2/ Tirez une carte – une seule.
Posez-la devant vous et regardez le dessin. Ne pensez plus à votre question. Mettez-la entre parenthèses mentalement pour éviter de chercher à y répondre à tout prix. La seule question à laquelle vous devez répondre est : Comment ressentez-vous cette image?
Surtout, ne vous concentrez pas. Gardez toujours à l’esprit que cette lecture doit venir d’un ressenti, et non du classique et catastrophique: « le dessin représente ça, ça doit vouloir dire que ». Il ne s’agit pas d’effectuer des associations de type marabout-bout de ficelle… Et puis non, la réponse ne se trouve pas dans le plafond.
Ne réfléchissez pas, laissez-vous porter par vos impressions, celles que le dessin suscite : tristesse, joie, plaisir, malaise, etc. Accueillez vos impressions avec naturel et spontanéité, comme si vous étiez face à un paysage ou un tableau, sans chercher à les modifier ni à les justifier. Vous avez le droit d’adorer ou de détester cette carte.
Efforcez-vous autant que possible de mettre un mot ou des mots sur cette impression : feu, triangle, angoisse, fuite, liquide, etc. Tout ce que l’image vous inspire. Ne cherchez pas encore de cohérence ou de réponse à la question initiale, bien que cette première impression puisse vous en fournir un embryon : plutôt positif ou plutôt négatif. Joie ou malaise…
Vos ennemis durant cet exercice sont les fausses attentes, le fait de chercher à tout prix à voir quelque chose de « médiumnique », et les blocages de type « j’en suis pas capable » ou « qu’est-ce qu’on attend de moi ? ». Il ne sera passera rien de spectaculaire. La voyance est un processus tout à fait naturel ; vous ne tomberez pas en transe et aucun ange ne viendra vous taper sur l’épaule. Vous ne verrez pas non plus l’action défiler à la façon d’un film. Par contre, vous vous rendrez rapidement compte que vos ressentis spontanés sont étrangement « raccord » avec la situation.
3/ Regardez encore
À présent, regardez encore l’image. Laissez votre attention flotter sur la carte : certains détails vont vous interpeller davantage que d’autres. La couleur d’un vêtement, un oiseau, un brin d’herbe, un coin de ciel, un visage, une ligne abstraite… Ne réfléchissez toujours pas. Laissez votre regard flotter. Vers quoi est-il attiré ? Le chapeau de la femme dans le coin gauche ? La couleur du ciel ? Que vous inspire ce détail ? Essayez de procéder toujours par impressions et ne forcez pas. Une fois de plus, laissez venir. Vous pouvez associer des idées à l’image, mais surtout ne vous noyez pas dans des associations intellectuelles, il ne faut jamais laisser la réflexion prendre le dessus. L’interprétation doit rester naturelle, spontanée. Une fois de plus, dites-vous que vous êtes devant un tableau ou un paysage, pas devant une feuille d’examen à rendre au prof.
Une fois que tel détail ou telle partie de l’image vous a interpellé, demandez-vous simplement: quelle impression me procure cette couleur, cette forme ou ce dessin ? De là, commencera à naître une interprétation, l’esprit ayant tendance à associer :
- une image à une impression. Par exemple : « ce chapeau me semble lourd, désagréable à porter »
- une image à une autre image, par exemple : « ce chapeau me fait penser à un berceau ».
- une image directement à une idée : « ce chapeau me fait penser que le consultant réfléchit trop ».
Dans tous les cas, l’interprétation de l’image dépendra toujours de votre vécu et de votre sensibilité personnelle. Il n’existe pas de « signification universelle » d’une carte, seulement des consensus et beaucoup de subjectivité. Si vous y mettez de la bonne volonté, les cartes trouveront le bon chemin pour vous parler. La couleur verte d’une robe, par exemple, peut aussi bien vous suggérer l’idée de renouveau affectif que celle, par exemple, de maladie. Tout dépend de la façon dont vous ressentirez cette couleur à ce moment-là.
4/ Recouvrez la carte
Il n’est en rien obligatoire de tirer une deuxième carte, il arrive que la première fasse le tour de la question, mais c’est souvent utile. Cette deuxième carte va préciser ou nuancer le sens de la première, parfois apporter de nouvelles informations ou indiquer l’évolution de la question.
Assurez-vous cependant que vous avez épuisé les significations de la première avant de vous précipiter sur sa petite sœur. Normalement, vous devriez « sentir » lorsqu’une lame n’a plus rien à vous dire.
Je déconseille et donc n’indiquerai pas de tirage sophistiqué ici (vous en trouverez ailleurs sur ce site et sur le net en général), pour une raison simple : dire « pffff, je ne vois rien » et sortir une nouvelle carte est une tentation du débutant qui ne résoud rien du tout. C’est l’impression de « ne pas être capable de » qu’il faut dépasser et non le record du monde de tirage de lames à la minute. Si vous vous appliquez correctement à la méthode que je vous propose, une ou deux cartes suffiront à répondre à une question. Vous aurez bien le temps plus tard d’expérimenter le tirage en croix, en zigzag ou en sautant sur un pied.
C’est tout pour la méthode. Si elle vous paraît « trop simple » (je me demande toujours pourquoi les adeptes de l’ésotérisme ont tellement besoin que les choses soient ou paraissent compliquées), rappelez-vous que la divination est un domaine qui brasse toute la complexité de l’existence humaine, nos désirs, nos peurs, les histoires personnelles et collectives, alors ne craignez rien, ça se compliquera bien assez tôt.
Exemple
Pour finir un petit exemple d’application de cette méthode extrait de mon livre Initiation à la voyance. L’association des émotions-images-idées se faisant généralement très vite et plutôt naturellement, je n’ai pas énormément détaillé cet exemple ; en voyance « projective », l’interprétation se fait, pour ainsi dire, sans y penser, en glissant très rapidement de la perception de certains détails de l’image à des verbalisations participant de la voyance ; les idées viennent automatiquement, sans démarque.
Mon « cobaye » tire les cartes depuis un certain temps, mais en suivant la méthode traditionnelle (à chaque carte est attribué un ensemble de sens, la combinaison des
cartes permettant de préciser les significations). Cette personne est plutôt douée, mais n’a jamais expérimenté ce qu’on appelle les « flashs ». Sa sensibilité à la voyance lui permet cependant de rentrer tout de suite dans ce que je lui propose.
La question posée est la suivante : Est-ce que Martine, qui essaie d’avoir un bébé depuis un certain temps, va arriver à tomber enceinte ? La carte qui sort à la coupe est la Papesse (c’est une carte qui renvoie traditionnellement à l’idée de maternité).

Mon « cobaye » regarde la carte :
- Cette femme sur le trône attend quelque chose, c’est évident. Oui, je ressens une impression d’attente.
Je lui demande comment elle voit la carte :
- C’est plutôt positif. L’image est agréable.
Je lui demande si un détail de la carte lui parle. :
- Oui, la femme a les mains posées sur le pubis. Le désir de maternité est là, mais il y a comme une blessure… peut-être a-t-elle subi une opération ou des problèmes gynécologiques.
Son regard parcourt encore la carte :
- Il y a une fleur, là. Je pense que c’est positif, elle va arriver à tomber enceinte. Je le ressens bien.
Nouvelle inspection du dessin :
- La lune a une forme de faucille. Pour moi, c’est une lame. C’est bien une opération qu’elle a subie. Ça a dû être assez dur pour elle. Mais là, ce rond, cette fleur ronde me fait penser que ça va s’arranger. Dans cette fleur ronde, il y a l’idée d’un accomplissement, d’un achèvement : elle va avoir un enfant.
Son regard revient sur le ventre de la papesse :
- Ces mains sur le pubis… il y a un livre derrière. Son travail aussi l’a empêchée. Elle savait qu’elle avait des problèmes, mais elle a retardé ça à cause du travail… c’est le chapeau de la papesse… pour elle l’intellect passe avant tout, du moins jusqu’à présent, l’intellect passait avant l’enfant ».
Voilà pour le petit exemple. À présent que vous avez pris connaissance de la méthode, vous pouvez utiliser le jeu de cartes qu’il vous plaira, ou vous servir du tirage aléatoire en cliquant ici :
© Melmothia 2009


J’ai beaucoup apprécié cette méthode, qui m’a apporté pas mal de bon résultat, cependant, en me penchant sur la psychanalyse Freudienne, une interrogation se soulève (du moins à mon esprit). Dans son livre, « L’Homme et ses symboles », Jung explique en quoi il s’est dissocié de Freud, particulièrement dans l’approche de sa méthode de l’analyse des rêves : la libre association. Le principe réside dans le fait que « si l’on encourage le rêveur à commenter les images de ses rêves, et à exprimer les pensées qu’elles lui suggèrent, il se trahira et révèlera l’arrière plan inconscient des troubles dont il se trahira, à la fois parce qu’il dit, et par ce qu’il omet de dire. es idées qu’il exprime peuvent paraitre au premier abord illogique, étrangés au sujet, mais au bout d’un moment, il devient facilement facile de découvrir ce qu’il s’efforce d’éviter, l’expérience désagréable qu’il veut supprimer. Quelque ruse qu’il mette à dissimuler, chacun des mots qu’il utilise pointe droit au coeur de la situation ». Alors que Freud c’est servi des rêves comme point de départ à son travail, son contemporain a remarqué que l’on pouvait obtenir le même résultat avec n’importe quelle autre support (une boule de voyance, une conversation anodine, une note sur un écriteau cyrillique…une tache d’encre). Bref, les cartes, ici, sont un support qui permettent à l’inconscient de s’exprimer librement, de rendre conscient ce que nous avons capté, mais pas analyser consciemment.
La question est de savoir si cette méthode ne risque pas de s’approcher à quelque chose de psychanalytique plutôt que mystique? (Quoi que la théorie pourrait dire que l’inconscient est lié à un plan supérieur)
Intéressante question. Pour commencer, je te dirai que la voyance, selon moi, ne ressort pas de la mystique, plutôt qu’une sorte de télépathie empathique, donc a au moins un pied dans la psychologie ; cependant je n’ai pas de théorie ‘définitive’ sur le sujet – j’aimerais bien
mais c’est trop complexe.
Le point commun des deux approches est en effet de faire sortir à la lumière un contenu inconscient. Tout se passe comme si une zone de notre esprit ‘savait’ et qu’il faille trouver un moyen de lui donner la parole. Comme dans la psycho, le matériel projectif me semble être le plus adapté. Pas de « psychanalyse » cependant, car le décodage des images et des ressentis est très différent – plus rapide, intuitif et plus « direct », il ne s’agit pas de remonter une longue chaîne de signifiants mais d’associer des « images » au sens très large à des événements, des vécus.
Pour finir, j’ai une dent contre la psychanalyse et sa manie de tout réduire au langage (voir par exemple, par là : http://www.melmothia.net/73/le-reve-eveille-dirige/) ; par ailleurs, cette discipline cultive une dynamique inverse à celle de la mystique (et peut-être de la magie et de l’occultisme, à voir) : la psychanalyse tend à une réduction du sens à quelques contenus simples, la mystique tend au contraire à une extension du sens puisque le symbole sera toujours « plus » que ce qu’il symbolise (voir Durand et quelques autres). Pour le dire de façon un peu caricaturale : la psycho réduit l’image à du langage, la mystique étend le langage vers de l’image… Mais ce point mériterait une longue discussion