Notes sur un Rituel à Sarasvati
Avant
Quelles que soient mes tentatives pour entrer dans la légalité magique ou mes efforts pour me plier aux suaves impératifs de la Tradition, mes rituels s’effectuent toujours en fin de compte à la va comme j’t'e pousse… Ayant en projet d’effectuer une puja à Sarasvati et assez peu inspirée sur le coup quant aux éléments à mettre en place, j’ai écrit à une amie pratiquante frénétique de tantra-yoga pour qu’elle demande à son prof quelques conseils à mon intention. Le lendemain matin, le couperet est tombé dans ma boîte mail : «Alors, j’ai demandé à X et il n’a pas voulu répondre. Raison invoquée : comme il ne sait pas si tu maîtrises ton sujet, il ne dilvugue rien par prudence, bref logique de précaution».
Comme j’adore la logique de précaution, ma réponse a donc été : « Bien, je laisserai les secrets au maître et je vais me débrouiller. Rassure-le : je ne maîtrise rien du tout et j’ai une façon de bosser avec les divinités indiennes qui provoquerait le suicide immédiat de tout pratiquant consciencieux. Mais c’est vrai qu’il est nettement plus sage de me laisser faire n’importe quoi ».
Notez que je comprends très bien sa retenue : il sûrement hautement tantriquement périlleux de flirter avec une divinité jouant de la Vina et lançant des pétales de rose… À côté, Belzébuth, c’est du p’tit lait. La précaution s’impose.
J’ai donc procédé comme de coutume, en prenant des notes sur mes ressentis. Je vais ouvrir ce court article par ces notes, car il me semble toujours intéressant de comparer avant/après, autrement dit ce que le rituel lui-même va ajuster de ces premières impressions. Comme d’habitude, j’ai lu le moins possible sur cette divinité spécialisée dans les arts et simplement regardé quelques diapos de vacances où on la voit poser avec sa Vina. Pour le reste, je vais agir à l’intuition et voilà ce que me dit mon intuition :
J’ai vu un petit temple, sorte de crèche de Noël en bois richement décorée. Le sol de ce Temple était une étendue d’eau. Je pense qu’un plat rempli d’eau minérale, avec des bougies flottantes, pourra faire l’affaire. Pour la « niche », j’ai opté pour un montage en carton recouvert de papier-cadeau. C’est très Bollywood, mais ça devrait convenir. Le tout sera posé sur une table basse.
Hormis l’offrande, il me semble qu’il convient de n’utiliser aucun produit n’impliquant la mort de quelque chose (pas de pétales de fleurs ni fleurs coupées, ni aliment d’origine animale ou végétale). Par contre, j’ai opté pour un papier cadeau avec des fleurs pour recouvrir le temple. A y réfléchir, il me semble que cela cadre assez avec les fonctions de cette divinité : les arts, la musique, bref ce qui participe de la représentation – mais j’intellectualise peut-être trop.
Toujours selon mon intuition : les couleurs de Sarasvati sont le rouge et le blanc.
Il me semble également que la nourriture consommée/offerte durant le rituel détermine la « qualité » de la créativité ou des connaissances demandées. Pour cette offrande, j’ai opté, sans savoir pourquoi, pour de l’essence d’orange diluée dans de l’eau. Des quartiers d’orange seront disposés aux alentours du temple, mais sans être destinés à être consommés (ils ne doivent pas être consommés).
Une posture s’est imposée : bras écartés, coudes repliés près du torse, poings fermés, relativement serrés, paumes vers le haut (se couper les ongles avant, arf). J’ignore si cette posture existe quelque part.
Pour nettoyer l’esprit et l’espace, j’ai décidé d’ouvrir par le Gayatri mantra :
OM / BHUR BHUVA SVAHA / TAT SAVITUR VARENYAM / BHARGO DEVASYA DHEEMAHI / DHI YO YONAH PRACHODAYAT
Ceux qui sont curieux de l’entendre peuvent aller voir par là : gayatri 1 / gayatri 2. Ce sont des liens youtube – remerciez-moi, j’ai décidé de vous épargner les versions avec l’équivalent Véda de Charlie Oleg au synthé et les petites cloches énervantes.
Le Bija de Sarasvati est AIM (prononcé IM ou A-IM).
Mantras :
Om Aim Saraswatyai Namah
Om Hrih Mahamayange Mahasarasvatyai namah
Sur ce dernier mantra :
Hrih – est peut-être dérivé de Hreem/ Hrim. Mais Hrih est également le Bija bouddhiste de la compassion.
Mahāmāyānge – Mahāmāyā signifie Grande Māyā. Māyā dans ce contexte, peut signifier « forme ». Ange signifie « corps ».
Mahāsarasvatyai – À la Grande Sarasvati.
Une prière à Sarasvati
La déesse Saraswati est juste et belle comme le jasmin couleur de lune. Sa blanche couronne est semblable aux gouttes glacées de la rosée. Elle est parée de vêtements d’un blanc pur. Blanc est le lotus qui sert de trône à la sublime Saraswati. Sur son bras repose la Veena.
Nous prions Maha Saraswati, entourée et respectée par les dieux de nous donner sa bénédiction. Puisse Sarasvati nous délivrer de notre léthargie, de notre paresse, et embellir notre vie de la lumière des connaissances.
Pendant
En général, je sais si une cérémonie a « fonctionné » ou non, or là, je n’en sais rien. A priori, la mayonnaise n’a pas vraiment pris, j’ai dérapé sur plusieurs éléments et pourtant je ne peux me défaire d’un vague sentiment de réussite, une sorte de conviction d’arrière-fond que le rite a marché – ou ne pouvait que marcher. Tout cela me laisse perplexe.
J’ai commencé par chantonner le Gayatri mantra en guise de « nettoyage ». Eh bien ce n’est pas une bonne idée… Ce mantra a plutôt tendance à appeler une énergie spécifique qui va faire barrage au reste. Exit donc le Gayatri pour cet usage.
J’ai ensuite tenté une prière assez classique à Sarasvati et ne suis parvenue qu’à la bafouiller. Ce type de difficulté (termes oubliés, langue qui fourche, perte de concentration) est généralement le signe qu’un truc n’est pas en place ou manifeste une résistance. Il faut alors prendre son mal en patience et trouver un moyen de passer le barrage. Ajoutons à cela, que les bougies – flottantes qu’ils disaient sur la boîte, se sont avérées recéler un fort potentiel de flottabilité négative…
Pour tenter de débloquer le problème, j’ai chantonné quelques mantras. Le premier n’a pas été un succès : Om Aim Saraswatyai Namah ; l’énergie passait nettement mieux avec le deuxième : Om Hrih Mahamayange Mahasarasvatyai namah. Je l’ai récité debout, dans la posture décrite plus haut. Il a fallu un moment pour que quelque chose se déclenche, un ressenti plutôt léger et difficile à définir. Une présence lointaine et brève. Puis le sentiment de devoir me « laisser aller ». Je me suis assise et une véritable somnolence s’est emparée de moi – exactement comme si j’avais pris des somnifères.
Tout s’est arrêté brutalement avec l’injonction « éteins les bougies ». Retour au monde des humains.
Après
Recherches effectuées, j’ai fini par comprendre cette impression de ‘devoir se laisser aller ‘ et de somnolence durant le rituel. La position de mains consistant à fermer les poings, pouces à l’extérieur, s’appelle le Mushti Mudra (mushti = poing) :

Sur le net anglophone, j’ai trouvé quelques indications telles que « ce mudra est un mudra antistress » et « le Mushi Mudra est utilisé comme un exutoire pour obtenir un sentiment de ‘laisser-aller’, le lâcher-prise ou la libération des émotions et énergies refoulées ». Accessoirement, il permet aussi de combattre la constipation : )
Melmothia, 2009.












